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La souffrance au travail : les arbres ou la forêt ?

 
 

Salutations à vous, amis DRH !

Je suis désolé mais je ne suis pas d’humeur à sourire aujourd’hui. Comme beaucoup d’entre vous, je lis et j’écoute, au gré de l’actualité brûlante, tout ce qui s’écrit ou se dit sur la souffrance au travail. Et cela me navre beaucoup.

Cela me contrarie pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce qu’en France, on aime à trouver des «coupables» lorsque nous sommes face à un problème. Même si la situation est complexe et systémique, nous autres Français aimons savoir à qui est la faute. Il nous faut un responsable au sens individuel ou fonctionnel du terme. Au regard des reportages qui fleurissent sur nos chaînes de télévision, je vois poindre à l’horizon le fait que la fonction de DRH va être (est déjà ?) sous les feux de l’actualité...

Ensuite, je pense que beaucoup de personnes lient entièrement «management» et «fonction RH». J’ai rencontré récemment une amie qui m’a avoué qu’elle n’aurait jamais voulu «faire des RH», car elle détestait s’occuper d’une équipe... Un de mes élèves m’a dit qu’il avait choisi d’intégrer la filière RH après un BTS de management des unités commerciales, parce que «la RH, c’est la continuité du management». Comme si les deux domaines étaient complètement liés !  Comme si le droit du travail, la rémunération ou la formation étaient liés au fait de coordonner et de faire coopérer les membres d’un service. Ces imprécisions ont des conséquences importantes dans l’appréhension de notre métier : d’une part, cela dédouane les managers de leurs responsabilités d’encadrement, car s’ils ne sont pas excellents, c’est peut-être parce qu’ils ont mal été conseillés par les RH. Et, d’autre part, un tel raisonnement pourrait laisser à penser que la gestion des ressources humaines n’est pas un domaine qui nécessite une expertise professionnelle inhérente et qu’elle reste à la portée de tous managers ayant encadré... Ceci ne me semble pas forcément complètement juste.

Enfin, sans absolument vouloir diminuer l’importance de ce qui se passe aujourd’hui, ni masquer les responsabilités de certains, je voudrais quand même rapporter que je n’ai pas entendu parler des salariés qui sont heureux au travail, de tous ceux à qui le travail apporte de l’épanouissement, une raison de vivre ou un but, ou bien simplement une identité sociale. Je n’ai pas non plus entendu parler de ces entreprises pour qui l’expression «gestion de ressources humaines» a vraiment un sens.

Dans mon journal intime, j’ai retrouvé l’histoire de Luc. C’est une histoire assez récente. Luc travaille dans les Pompes Funèbres. Lugubre, me direz-vous ? Pour vous peut-être, mes amis, mais absolument pas pour lui. Mon ami se sert de son métier pour apporter un mieux-vivre aux personnes endeuillées qui sont dans la souffrance de la perte d’un être cher. Il voit et vit son métier comme un moyen de les aider dans les moments difficiles des adieux. Luc est heureux dans son activité professionnelle et la vit vraiment comme une activité «humanitaire». Il s’y épanouit et ne souffre pas au travail.

J’ai également trouvé un chapitre sur un bureau RH d’une grande entreprise publique :  Pascal, Jean-Bernard, François, Gérald et leurs collaborateurs, qui, tous, s’occupent de mobilité pour leurs 45 000 salariés. Leur activité est, bien sûr, extrêmement importante, tant d’un point de vue quantitatif, que d’un point de vue qualitatif puisque le résultat de leurs travaux conditionne la mobilité géographique annuelle de l’organisation, avec son côté positif (les mutations choisies) et aussi, malheureusement, avec son côté négatif (celles qui seront imposées). Au vu de ces enjeux, le service a investi ce travail et, malgré ces difficultés et cette complexité, une excellente ambiance règne dans ses locaux. A tel point que la nécessité, pour toute l’équipe, de travailler un WE de décembre pour réaliser l’objectif a été prise comme une occasion d’effectuer le repas de Noël.

Nous pourrions sûrement évoquer l’histoire de ce médecin messin qui entoure ses patients dans les derniers moments de leur vie. Les écouter, lui et son équipe, parler de leur métier est vraiment bouleversant tant on comprend le poids du temps dont la marche ne s’infléchit jamais et conduit toujours, pour ses personnes gravement malades, vers un départ irréversible. On sent également l’engagement de ces personnes dans leur métier sans sentir de souffrance.

Enfin, dans ce livre sur les défis de la GRH1, le président de CIMA+ écrit que «c’est un défi que les gens aient un travail qu’ils aiment. On fait notre possible pour mettre chacun là où il est le plus heureux. Quand on fait ce qu’on aime, on fait un travail de qualité», ce à quoi, un salarié répond : «on a un réel plaisir à travailler».

Je suis persuadé que vous connaissez tous, autour de vous, des collègues, collaborateurs, voisins ou amis, bref, des personnes qui sont heureuses dans leurs activités professionnelles, qui s’y épanouissent, et pour lesquelles le mot «travail» a perdu son sens originel de torture. Je pense que vous connaissez sûrement des entreprises où il fait bon vivre, où sont mises en oeuvre des pratiques RH qui honorent notre métier (arrondi solidaire avec abondement de l’entreprise, adaptation des horaires de travail pour faire face à un souci personnel important et conjoncturel d’un collaborateur...) et qui respectent complètement le salarié en tant qu’homme et le reconnaissent2.

Il y a quelques jours, j’ai été invité à une réunion de l’AFREF (Association Française pour la Réflexion et l’Échange sur la Formation). De fil en aiguille, au cours de nos échanges, nous sommes partis de la formation pour arriver à la coopération, aux nécessaires échanges de pratiques, à l’éthique, à la responsabilité sociale de l’entreprise et à son rôle dans la construction de la société... L’un des intervenants nous a raconté que son entreprise, un groupe international oeuvrant dans l’environnement et le traitement des déchets, s’est rendu compte que des familles habitaient dans une déchèterie de Bogota. Afin de donner à la jeune génération l’opportunité d’un avenir différent, ce groupe a fait construire une école à l’intérieur du bidonville. En aviez-vous entendu parler3 ?

Encore une fois, je ne veux absolument pas me voiler la face, ni excuser les pratiques honteuses qui existent dans certaines organisations, car elles n’ont, à mon sens, aucune justification. Je voulais simplement attirer votre attention sur ce qui nous est montré en ce moment dans les médias. Je n’entrerai pas dans la polémique du «bonheur n’est pas vendeur» et c’est la raison pour laquelle les médias nous informent plus de «ce qui ne va pas» que de «ce qui va». Je ne répondrai pas aux images de TF1 qui montrent un manuel obsolète sur le management par la peur, en leur demandant s’il n’existerait pas un mode d’information par la peur ?

Je voudrais plutôt vous faire réfléchir sur les généralisations qui sont souvent faites sur l’entreprise, sur les manières de gérer... Alors, attention aux interviews écourtées4, coupées et aux montages qui donnent une certaine image de la réalité... Attention aux raccourcis si rapides qui sont parfois faits entre souffrance au travail et fonction RH. Restons critiques et, à l’image de la vision que nous devons avoir de l’organisation, prenons de la hauteur pour avoir une vue complète du la situation.

Et si la cause de cette souffrance au travail n’était pas le travail en général, ni une entreprise en particulier, mais bien autre chose ? Autrement dit, doit-on regarder les arbres, si nombreux soient-ils, ou bien la forêt ? Je n’ai pas la réponse, mais je vous invite à y réfléchir.

Pour finir, je mentirais si je disais que je suis content d’aller à mon bureau tous les jours. Je dois bien vous avouer que, quelques fois, je me ferais bien une grasse matinée, ou je resterais bien chez moi pour profiter de ma famille. C’est vrai. Mais, chaque matin, quand je me rase, je me regarde dans le miroir de la salle de bain et je n’ai pas honte de moi. Jamais ! Sûrement comme beaucoup d’entre vous.

Mes chères collègues DRH auront certainement rectifié d’elles-même et, au lieu de «raser», auront lu «maquiller», par exemple...

Salutations à tous, amis DRH,  et portez-vous bien.

1 St-Onge, Guerrer, Haines et Audet, Relever les défis de la gestion des ressources humaines, 3ème édition, Gaëtan Morin éditeur, 2009.
2 Je vous parlerai de «reconnaissance» une autre fois car le sujet vaut un article à lui seul.
Voir le rapport 2006 : http://www.fondation.veolia.com/fr/fondation/publications-veolia/rapports.aspx
4 Un DRH s’est fait interviewé sur l’arrondi solidaire pendant une demi-heure. Son passage à l’antenne a duré 11 secondes...

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