Blog logo

RH info, le portail des ressources humaines : infos, actus, débats, prospective, agenda RH

Gestion des talents & Potentiels

Anne-Soph', RecrutWoman

 
 

Salutations à vous, amis DRH !

Philippe est un ami de longue date et nos parcours professionnels ont divergé après le lycée. Si moi je suis entré dans la gestion, lui s’est lancé dans des études d’ingénieur. Aujourd'hui, il a envie de changer d’entreprise et même de métier : il est dans la période qu’on appelle pudiquement « réorientation professionnelle ». Ça effraie beaucoup moins que de dire : « J’en ai marre de mon entreprise, je n’adhère plus à ses valeurs. De plus, j’ai fait le tour de mon boulot. J’ai envie de changer pour évoluer ! »

Alors, Philippe expérimente l’enfer des entretiens de recrutement... Et, vous savez tous, chers lecteurs, ce que je veux dire.

Mon ami me raconte que, lors de son dernier rendez-vous, un jeune chargé de recrutement lui a demandé : s’il connaissait l’organigramme complet de l’entreprise pour laquelle il postulait, s’il avait une idée précise de son chiffre d’affaire ainsi que de sa stratégie et les raisons détaillées qui avaient motivé sa candidature. Quand, enfin, il lui avait demandé quelles seraient ses trois qualités qui les pousseraient à l’embaucher, cela avait complètement effondré Philippe.

Aujourd'hui, il m’explique qu’avec son ancienneté, il est expérimenté, adaptable et qu’il existe une multitude d’organisations dans lesquelles il pourrait amener une réelle plus-value... et surtout qu’il a vraiment passé l’âge de bachoter des organigrammes ou des rapports d’activité.

J’essaye de le rassurer en sortant mon journal intime.

Je lui raconte d’abord l’histoire de cette DRH anglaise, toujours souriante et très urbaine pendant ses entretiens. Les candidats se laissaient doucement prendre à ce petit jeu et avouaient que « non, mon anglais n’est pas terrible, mais mes qualités en droit du travail et mon expérience de manager pallient largement cette faiblesse, et puis (grand sourire du candidat), avec un peu de formation, vous verrez que je vais vite me débrouiller ». Elle les saluait avec un sourire au moins aussi grand, et quittait la pièce en pensant que, pour rédiger un document de stratégie RH, il faut quand même un peu plus que « se débrouiller ». Ensuite, elle avait une petite pensée pour William Shakespeare « Please, would you excuse those stupid Froggies » et disait d’une voix neutre à son responsable de recrutement : « don’t want this man... Ever ! »

Je lui parle ensuite de mon entreprise où nous avons un Super-Héros... Ou plutôt, une Super-Héroïne : RecrutWoman.

Comme tout Super-Héros qui se respecte, elle possède une double identité.

Dans la vie de tous les jours, elle s’appelle Anne-Sophie Mourlanette, travaille dans une direction de ressources humaines et est appelée Anne-Soph’ par tous ses collègues. Elle est mariée à un humain et n’a pas d’enfants. Elle déjeune tous les jours à la cantine avec ses amies du bureau et pratique de la danse afro-cubaine une fois par semaine. Une couverture assez classique, me direz-vous.

Quand elle se transforme en RecrutWoman, elle met d’abord son super-costume : un chemisier blanc sans aucunes fioritures, une jupe stricte noire et un tailleur noir. Elle ne porte aucun masque, mais ses cheveux sont tirés en chignon, comme votre grand-mère aurait pu en avoir. Quand j’écris qu’Anne-Soph’ ne porte aucun masque, ce n’est pas tout à fait exact. En fait, dès qu’elle a revêtu son costume, il se passe plusieurs choses : d’abord, la peau de son visage se tend, les rides du sourire au coin des yeux disparaissent. Ensuite, ses lèvres rentrent à l’intérieur de sa bouche et ne subsistent que deux minuscules traits roses. Enfin, son corps se rigidifie à l’extrême ce qui lui permet de rester assise dans n’importe quel fauteuil sans en toucher le dossier.

RecrutWoman a bien sûr plusieurs superpouvoirs. D’abord, elle arrive à regarder « Bienvenue chez les Ch’tis » sans sourire. Mais, aucun sourire ! Pas même un frémissement de coins de lèvres ou une lumière dans les yeux. Rien. Je ne vous raconte même pas la tête des candidats lorsqu’ils essayent de blaguer ou de l’amadouer. Un mur sans aucune accroche.

Ensuite, je la soupçonne de lire dans les pensées. En entretien, elle prend beaucoup de notes pour cacher ses pouvoirs. Soudain, elle coupe la parole du candidat et, en le regardant avec des yeux qui le transpercent, lui pose la question qui tue, du genre : « Vous avez dit tout à l’heure que vous préfériez manager des petites équipes. Je souhaiterais savoir exactement ce que vous avez voulu dire. Et, puisque nous en parlons, pourriez-vous me préciser votre profil de manager ? » En général, le candidat reste un peu coi, se sent démasqué et comprend que le poste n’est désormais plus pour lui.

Enfin, je pense qu’elle peut voir le futur. À la fin de chaque entretien, son diagnostic est sans appel : « Ne le prenez pas. Dans 5 ans, il se sentira à l’aise dans l’entreprise, estimera qu’il ne progresse pas assez vite et sera une source d’ennuis importants. Il sera en conflit avec le futur directeur de production pour un poste de manager de site. La compétition sera tellement forte qu’il y aura une baisse de production et les deux cadres finiront par partir à la concurrence ». Quand on lui demande comment elle sait tout ça, elle répond qu’elle le sait et c’est tout !

Puis, elle tourne les talons et se rend à son bureau. À ce moment, quand elle est encore dans le couloir, si on y prête attention, on peut voir la transformation s’opérer dans l’autre sens. Le corps s’assouplit, la démarche commence à onduler... Anne-Soph’ est bientôt de retour..

Je ne sais pas si j’ai réussi à réconforter Philippe, mais cette lecture m’a rappelé mon propre entretien d’embauche, la première fois où j’ai rencontré RecrutWoman. Au milieu de la discussion, prétextant une migraine importante, j’ai mis mes lunettes de soleil pour essayer de faire écran à son super-regard. Bien sûr, je ne l’ai pas fait rire. Je n’ai d’ailleurs même pas essayé...

Bien des années plus tard, j’ai eu connaissance de ce qu’elle avait dit pour moi : « Il n’a pas les compétences du poste, il ne connaît pas la culture de l’industrie. Néanmoins, il est dirigé par de profondes valeurs morales. Il va bientôt se marier et son côté rebelle va s’apaiser. Il deviendra alors un pilier de l’entreprise. Prenez-le ! » Quand j’y repense, c’est vrai que je me suis marié l’année suivante... Et mon épouse travaillait déjà dans mon entreprise. Comment a-t-elle su ?

Finalement, je pense que, si les Super-Héros ne sont pas légion et que RecrutWoman est bien unique, les personnes responsables du recrutement ont bien un vrai pouvoir : celui de nous faire entrer (ou pas) dans leur entreprise. Alors, qu’ils en fassent bon usage.

Que vous soyez en poste, en réorientation professionnelle ou bien en recherche de premier emploi, salutations à tous, amis DRH, à bientôt. D’ici là, portez-vous bien !

Vous pouvez contribuer !