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Engagement

Copie conforme

 

Salutations à vous, amis DRH !

Nous sommes en 2045 et ce cabinet de recrutement a mis au point une méthode révolutionnaire pour satisfaire ses clients. Tellement révolutionnaire, que c’en est presque incroyable... Et complètement illégal ! Ou, pour être plus précis, non encore légalisé...

Maïkeul Pé1 — c’était le nom de ce cabinet — s’est rendu compte qu’il est plus facile de proposer une copie conforme plutôt que de suggérer une candidature atypique. Oui, les employeurs sont toujours méfiants, suspicieux, et respectent à la lettre la célèbre maxime qui énonce que  « on sait ce qu’on perd, on ne sait jamais ce qu’on gagne ! » Alors, plutôt que de perdre du temps, de l’énergie et donc de l’argent, à chercher le même directeur des ressources humaines, avec la même expérience professionnelle, une connaissance identique des organisations industrielles multi-sites et la même appétence pour les relations professionnelles, Maïkeul Pé a cherché (et trouvé) le moyen d’optimiser ses recherches.

Le clonage !

C’est tellement simple qu’on est étonné que personne n’y ait déjà songé. Il suffit de prendre un brin d’ADN de la personne « indispensable » et d’en faire pousser un embryon... Et l’affaire est dans le sac, ou plutôt dans l’éprouvette ! Dès qu’il y a une prévision de départ pour une mobilité externe ou fonctionnelle, pour un départ à la retraite, ou même si simplement la personne a perdu son enthousiasme du début par l’usure du temps, bref, dès que le besoin s’en fait sentir, vous remplacez votre collaborateur par son clone. Vous retrouvez instantanément la même personne, celle qui vous donnait satisfaction, celle dont vous connaissiez les forces et les faiblesses. Par définition, il sera exactement le même, donc, aucune surprise de dernière minute !

Bon, ce n’était quand même pas aussi simple que ça.

D’abord, Maïkeul Pé a dû s’associer avec un laboratoire. Pour l’environnement médical. Et ceci, sans grande publicité, car l’idée devait rester confidentielle jusqu’à sa mise en oeuvre opérationnelle... Mais, les deux entreprises se sont vite rendu compte qu’un simple clone ne suffit pas, car, finalement, il ne représente que le véhicule élémentaire de la compétence et du savoir. Et s’ils ne sont pas mis à jour, le client ne pourra pas jouir d’un même niveau de performance dès l’implémentation du nouveau clone. 

Avec le coût de cette technologie, il n’est pas concevable de recommencer à zéro, avec une perte d’historique. Donc, il faut réussir à mettre au point une procédure de transfert d’informations qui permettra à la copie, dès son arrivée en poste, de bénéficier de l’expérience in situ de son modèle. 

Maïkeul Pé s’est donc attaqué au problème de mémoire : comment intégrer le vécu, les acquis de l’expérience, chez le clone ? La solution fut trouvée et, à la fin de ce livre de science-fiction, Maïkeul Pé avait révolutionné le recrutement des cadres supérieurs et des dirigeants. Dans le dernier chapitre, Daneel Olivaw, le DRH de METALOR, un groupe industriel implanté sur plusieurs planètes, prend sa retraite après vingt années terrestres de bons et loyaux services. La direction fait immédiatement appel au cabinet de recrutement. Le lendemain, Maïkeul Pé propose la candidature du clone de Daneel, avec une option de transfert de mémoire... Et la possibilité d’intégrer en sus un bon niveau de pratique du golf, car le DG a envie de s’y essayer, mais, seul, ce n’est pas si drôle de golfer sur les anneaux de Saturne...

En 2045, ou dans un livre de science-fiction, le clonage est peut-être possible. Dans le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, remplacer chaque personne par la même est du domaine du possible... Ou même remplacer la même en mieux, comme avec l’option golf...

Mais, aujourd’hui ?

Quand un de nos collaborateurs nous quitte, que cherchons-nous ? Un remplaçant ou un successeur ? Le même ou quelqu’un qui saura faire ?

J’ouvre mon journal intime et me replonge dans les chapitres « recrutement ».

Il y a d’abord l’histoire de François Déz et de son cabinet de recrutement à Lyon. Une entreprise de transport lui demande de lui trouver un manager. Pour elle, la situation s’est dégradée et est devenue maintenant critique. La hiérarchie ne tient plus et il y a de nombreux vols. La direction établit le profil de celui qu’elle recherche : « il devra être plutôt grand, avoir une voix assez grave. Il a bien sûr déjà managé exactement 26 personnes dans une entreprise de transport. L’idéal serait évidemment qu’il l’ait fait dans la région lyonnaise... » Mais, François est ancien dans son métier. Quand il propose son candidat, il annonce d’emblée la couleur : « voici le meilleur candidat. Je vais vous expliquer pourquoi vous devriez le prendre, mais je vais aussi vous dire pourquoi vous n’allez pas le prendre ! » Eh oui, il avait fait de la prison... 

Mais, finalement, la direction fait confiance au non-conformisme et à l’expérience de son chasseur de têtes et embauche le candidat. Deux mois plus tard, les vols ont cessé, les coupables sont licenciés et l’entreprise fonctionne de manière nominale.

Il y a aussi cette entreprise aéronautique qui vient de se doter d’un nouvel avion. Il est à la pointe de la technologie et tout le personnel souhaiterait être affecté dans l’unité qui vient d’être créée. Seulement, les critères de sélection de l’organisation sont stricts : il ne faut pas travailler sur un avion ancien (problème de technologie : on n’utilise plus de clés à molette, maintenant !), il ne faut pas être trop jeune (problème d’immaturité : la maintenance nécessite la connaissance du fait aérien !)... Ni trop vieux (problème de viscosité mentale : les logiciels supports génèrent un réseau social virtuel et requièrent l’emploi de l’alphabet SMS — LOL !). Bref, pour faire court, afin de ne pas avoir à faire face à tous ces soucis, la direction pense que l’idéal est d’affecter du personnel ayant déjà travaillé sur cet appareil... Ou sur un appareil de même génération.

Le recrutement interne se tarit vite du fait de ces critères... et de l’implantation de l’unité (mais pourquoi diable n’a-t-on pas construit l’infrastructure au soleil, près de la mer ?)... Du coup, la direction se ravise et privilégie la motivation : Avis favorable pour intégrer dans l’équipe tous ceux qui ont envie de travailler sur le nouvel appareil, de participer à l’aventure avec son lot d’aléas et de problèmes de maintenance. Le recrutement se termine et l’appareil peut rapidement être mis en service. Aucun problème de technologie, d’immaturité, de viscosité mentale ou de doigts gourds n’a été signalé...

Je ne vous parlerai pas de toutes les fois où, à notre époque, il est demandé aux cabinets de recrutement de trouver la copie conforme, le sosie, voire le clone de la personne à remplacer. Les raisons sont quelquefois bien légitimes à cause de compétences très spécifiques, et d’autres fois, c’est le simple besoin de se rassurer, de ne pas jouer risqué en misant sur un coup sûr.

Alors, vaut-il mieux avoir une personne dont on connaît parfaitement le mode de réflexion, les goûts et les couleurs ou bien un individu qui va nous surprendre, nous étonner ? C’est une question qui mériterait un long développement, mais qui est surtout personnelle. 

Je ferme mon journal intime et le pose sur ma table de salon. Je m’étends un peu pour réfléchir et mon regard tombe sur le tableau qui est accroché au mur...

Il y a longtemps, j’ai voulu faire un beau cadeau pour un anniversaire de mon épouse. J’ai cassé la tirelire et je lui ai offert une toile d’un peintre assez connu. Elle avait flashé dessus en passant devant la galerie. Elle représente un bouquet d’iris, dans un vase en céramique. Nous l’avons accrochée dans notre salon. Cela fait maintenant plus de vingt ans que nous avons ces iris. À chaque apéritif, à chaque réunion de famille... Depuis vingt ans... Je me disais l’autre jour qu’initialement, notre besoin, c’était décorer un mur nu. Nous cherchions un beau tableau répondre à ce besoin. Finalement, aujourd’hui, nous avons un bouquet d’iris au mur. Le même depuis un bon bout de temps maintenant. Pas plus, pas moins... Stable. Immuable...

Alors, tout en décrochant le tableau du mur, je vous salue, amis DRH. À bientôt. D’ici là, portez-vous bien ! 

1 Bien sûr, toute ressemblance avec des personnages, des sociétés existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence...

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