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J'ai interviewé... l'idée Lumineuse

 
 

Lorsqu’on évoque l’inspiration, l’innovation ou bien la créativité, et si l’on recherche ce qui les génère, nous sommes pratiquement dans l’obligation de mobiliser l’Idée. Avant sa naissance, il n’y avait rien. Puis, à un  certain moment, elle apparaît. Que ce soit dans le bain, comme pour Archimède, ou sous un pommier, comme pour Isaac Newton, elle peut surgir de n’importe où. Sa naissance est presque instantanée, et aussitôt s’enclenche le processus de changement.

Alors, dans le cadre de nos désormais célèbres mais improbables interviews, nous avons voulu faire fort. Nous avons donc réussi à rencontrer l’idée Lumineuse. Elle venait de naître et a bien voulu répondre aux questions de notre talentueux journaliste, Amédée Bucétédur.

Amédée Bucétédur : Merci infiniment de nous accorder un peu de votre temps pour cette interview. Vous venez de naître, mais vous semblez déjà très pressée. Comme si le temps vous était compté…

L’IDÉE LUMINEUSE : Oui, vous avez entièrement raison, mon temps est précieux. Nous autres, idées lumineuses, avons une espérance de vie très courte. Quel que soit notre avenir, il est éphémère. Si celui qui nous a fait naître ne s’occupe pas de nous, nous sombrons vite dans l’oubli et nous mourrons. Par exemple, je pense que cela vous est sûrement déjà arrivé d’avoir une pensée précise, nouvelle, dans le métro, au théâtre, à la machine à café ou dans votre sommeil. Vous vous êtes même sûrement dit qu’il ne fallait absolument pas la perdre, cette idée. Seulement, vous n’aviez pas de quoi la noter de suite. Puis, vous changez de station de métro, ou vous terminez votre pause. Le temps passe. Et soudain, Pof ! elle a disparu. Après, vous vous souvenez simplement que, oui,  vous aviez bien une excellente idée, onctueuse et riche à souhait, mais, maintenant, elle était partie et vous n’aviez plus aucun moyen de vous en souvenir.

Ouf ! Heureusement pour nous, il y a également une autre possibilité. Notre parent peut avoir de quoi noter. Ou alors, tout simplement, il peut se souvenir que l’une d’entre nous lui a traversé l’esprit. Il décidera alors de l’exploiter, parce qu’il se rend bien compte du changement profitable que nous pouvons induire dans son entreprise. Dès ce moment, nous allons muer, vieillir et changer de nom : comme Norbert Alter l’a montré (encore une rencontre fructueuse avec une collègue), nous nous transformons et nous devenons d’abord une invention, puis une innovation1. C’est la roue du changement qui tourne et modifie les pratiques existantes… Où plutôt, c’est nous qui faisons tourner la roue du changement. 

A. B. : Quelle vie vous avez ! Courte et tumultueuse ! Mais, si l’on commençait du début ? Par exemple, pourriez-vous nous expliquer comment vous êtes venue au monde ?

L’IDÉE LUMINEUSE : Les idées lumineuses ne suivent pas le même processus de naissance que les êtres humains. Chacune peut avoir le sien. J’ai une très bonne amie qui est née au théâtre, pendant un spectacle d’improvisation. Moi, je suis née durant un footing. Mon DRH de créateur court le week-end. Il aime à dire que le sport lui permet de diminuer son niveau de stress et le fait réfléchir. Je suis née au moment précis où il pensait à son problème de mobilité fonctionnelle pour les cadres de son entreprise, qu’il s’est souvenu d’une intervention sur la compétence de Guy le Boterf et enfin, que lui est revenue à l’esprit la façon dont la reconnaissance est jouée dans la gestion des carrières de cette grande entreprise. Cette conjonction d’évènements s’est déroulée dans un parfait lâcher-prise intellectuel, c’est à dire dans un moment où les mécanismes cognitifs font relâche, car le cerveau n’est pas focalisé sur une tâche particulière. À ce moment précis, il y a eu connexion entre ces trois pensées, étincelle et, EURÊKA ! Je suis née.

Même si vous, les humains, vous prétendez souvent « avoir une idée derrière la tête », nous, les idées, nous ne formons pas de bosse à l’arrière du crâne, comme les bébés forment une bosse dans le ventre de leur mère, et nous n’avons pas de durée standard de gestation. On peut être le résultat de réflexions de toute une vie d’humain (ou presque) ou bien naître instantanément.

Notre crédo est que les idées naissent libres et égales. Les distinctions ne sont fondées que sur leur future utilité commune… Mais, ceci est un concept connu…

A. B. : Oui, vous avez raison. Dans l’entreprise, au quotidien, les responsables ont beaucoup d’idées, dont quelques unes sont mises en œuvre. Certaines peuvent être extrêmement importantes et structurantes, d’autres complètement anodines. Qu’est-ce qui vous différencie les unes des autres ?

L’IDÉE LUMINEUSE : C’est tout simplement le principe de rationalité limité d’Herbert Simon et de James March2. Ces deux universitaires ont montré que, dans le processus de décision, comme il n’est pas possible de recenser toutes les possibilités offertes, de mesurer leurs conséquences avec le même outil, le décideur choisit la première option qui lui donne un niveau de satisfaction supérieur au seuil qu’il s’est fixé. Et, s’il n’en trouve aucune, il descend ce niveau jusqu’au moment où il trouvera satisfaction. Ce principe va même plus loin dans ses applications, puisqu’il sera décliné dans la théorie du « garbage can » par James March, cette poubelle dans laquelle sont entassés pêle-mêle les problèmes et les solutions de l’organisation, et choisis presque en fonction du hasard.

Des personnes et des idées, oui. Des entreprises et des idées, non !

L’idée lumineuse n’est absolument pas liée à l’entreprise. Nous sommes novatrices, révolutionnaires, ou plus modestement rebelles. Nous ne suivons pas les canons de la pensée convenue de l’organisation. Cela fait notre force (l’innovation), mais aussi notre faiblesse (l’incompréhension). Mais, surtout nous avons besoin d’être portées par une personne. Sinon, sans dirigeant, responsable important ou collaborateur modeste, il n’y aura pas de naissance d’idée !

A. B. : Vous avez beaucoup parlé de vos parents. Tout le monde peut-il avoir une idée lumineuse ou bien y a-t-il des personnes qui ne sont pas fertiles ?

L’IDÉE LUMINEUSE : Bien sûr ! En fait, ce n’est pas tellement l’homme qui limite, ce serait plutôt sa faculté de savoir prendre le temps de perdre du temps. Il lui faut savoir déconnecter ses schémas cognitifs, laisser agir la magie de la création, et enfin, surtout nous reconnaître quand nous naissons. Imaginez tout ce que Isaac Newton, sous son pommier, aurait pu faire de ce fruit écrasé s’il n’avait pas eu l’inspiration…

Albert Einstein l’a dit : il vaut mieux des idées que du savoir. Et il savait de quoi il parlait, lui, quand il nous évoquait. Il en a fait vivre, des filles de chez nous…

Mais, bon, ce n’est pas tout ça, mais il faut que j’y aille maintenant. J’ai un DRH à inspirer, moi…

1 N. Alter, 2000, L'innovation ordinaire.
2 H. Simon & J. March, 1958, Organizations

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