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Ouf ! On l'a échappé belle...

 
 

Salutations à vous, amis DRH !

Je voudrais vous raconter la rencontre que j’ai faite lors de la dernière réunion de notre association de DRH. Ces rencontres commencent toujours par un petit pot qui nous permet de nous retrouver et d’accueillir les nouveaux. Et, ce jour-là, il y avait un nouveau...

Mais, pas un petit nouveau, car, visiblement, vu son énorme barbe blanche et ses nombreuses rides, il avait un certain âge. Pourtant, dès son entrée dans la salle, il était bien visible qu’il n’était pas un habitué de ce genre de manifestation. Il jetait un coup d’oeil curieux autour de lui et semblait attendre qu’on vienne l’accueillir.

Allez, je n’allais pas le laisser ainsi. Je m’approchais tandis qu’il déposait son lourd manteau au vestiaire.

Bonjour, cher Monsieur. Je m’appelle...

Je sais comment tu t’appelles, Bernard, me dit-il. Je te connais bien. C’est d’ailleurs toi que je venais voir.

Hmm, ça commençait bien. On ne se connait pas, il me tutoie. C’est qui, ce vieux bonhomme ?

Il entra dans le vif du sujet très rapidement et m’expliqua qu’il travaillait dans une entreprise de transport internationale, très pointue, qui devait livrer toutes ses commandes dans un temps très très restreint, voire à une date fixe, et ceci, quel que soit le destinataire. Il m’expliqua que sa société possédait également des usines destinées à la fabrication des produits qu’elle livrait. Il ne voulait pas m’en dire plus, prétextant une nécessaire confidentialité sur toutes ces informations .

Bon, très bien, cher ami. Tout ça m’a l’air bien secret. Vous travaillez peut-être pour les services secrets, OK, mais, moi, que puis-je pour vous ? lui dis-je.

Je viens te voir, car je sais que tu travailles dans une société de transport. Comme j’ai un petit souci chez moi en ce moment, j’aimerais savoir comment toi, tu gères ton personnel, si tu les rémunères...

Si je les rémunère !, lui coupais-je la parole, perplexe. Mais, vous avez déjà vu des entreprises où les collaborateurs ne sont pas rémunérés ?

Vraiment, il me semblait de plus en plus bizarre, cet homme. Je décidais d’en savoir plus.

Cher Monsieur, dîtes moi, commençons par le début : combien avez-vous d’employés ? Êtes-vous au-dessus des 300 salariés ? Quelle est la qualité de votre dialogue social ? Avez-vous conclu des accords de GPEC ? Avez-vous un CHSCT ?

Un quoi ? Mais quelle langue parles-tu ? Non, je n’ai pas tout ça... Pour le nombre de personnes qui travaillent chez moi, je ne sais pas exactement. Ça dépend de la charge de travail. Mais, c’est surtout à l’époque de la fabrication et de la livraison qu’ils sont les plus nombreux, mes nains.

Des nains ? Vous n’embauchez que des nains ?

Oui, que des nains. C’est la tradition de l’entreprise. Elle est immuable et nous avons des règles très strictes à ce sujet.

Puis, il m’expliqua que son personnel n’était pas rémunéré et qu’il travaillait par vocation et non pas dans le cadre d’un travail normal. Ses explications étaient un peu embrouillées... Je compris néanmoins que la société possédait également des animaux pour tirer des véhicules,  des traineaux m’a-t-il semblé, et que les livraisons étaient faites par ce mode de transport. Je pensais qu’il devait sûrement travailler dans les territoires du Nord canadien. C’est vrai qu’il avait un accent bizarre. D’ailleurs, tout était étrange chez lui...

Il semblait assez inquiet. Il m’expliqua qu’un de ses nains avait trouvé un code du travail français dans un des colis qui était tombé lors de la préparation des envois. Et il l’avait lu... Entièrement ! Et, ça le choquait ! Moi, je ne comprenais pas bien où était son problème. Sûrement comme vous, mes chers amis, je l’ai lu, le code du travail, mais mon univers n’a pas basculé. On ne peut pas dire que ce soit un thriller, il est certes un peu « prise de tête » quelquefois, mais hormis ça, il ne me semble pas vraiment dangereux.

Mais, tu ne comprends pas ? Ce nain a lu votre code du travail et il a voulu mettre en place toutes vos règles chez nous : il a essayé de monter une section syndicale, la CNN, la confédération nationale des nains. Il souhaite évoquer maintenant les problèmes de rémunération, de temps de travail, de reconnaissance, de parcours professionnels.

Son débit de parole s’accélérait.

Non, mais, c’est réellement impensable. Il m’a même parlé du travail du dimanche, que ce n’était pas normal de travailler systématiquement la nuit et les jours fériés.

C’est vrai que...

Mais, tu ne comprends pas. Depuis qu’ils ont lu ce maudit code, ils réfléchissent à un étalement des livraisons. Ils ne veulent plus effectuer les distributions le même jour, et ils étudient même un plan de charge réparti uniformément sur l’année, ce qui leur permettrait, disent-ils, de réduire de manière importante le stress de leur travail... Il y en a même un qui propose de sous-traiter toute l’activité transport à des entreprises nationales : cela nous permettrait de nous séparer de nos animaux, car les nains en auraient marre de s’occuper de ces animaux bien trop grands, et qu’ils ont donc du mal à les maîtriser.

Et alors ? Il me semble...

Tu ne peux pas comprendre. C’est impossible ! Ce serait la fin de...

Il ne termina pas sa phrase. Il était vraiment très anxieux maintenant. J’avais l’impression que quelque chose d’irrémédiable allait arriver et que les conséquences allaient être terribles. Il souffla bruyamment et continua :

La meilleure de l’année, c’est Charlie, le nain qui est à l’emballage des paquets. Charlie  m’a demandé un entretien, car il souhaite connaître son évolution de carrière. Il m’a dit qu’il souhaitait sécuriser son parcours professionnel, qu’il désirait progresser. Il m’a expliqué qu’il avait besoin d’évoluer pour être épanoui sur son lieu de travail. Il m’a expliqué que la performance est fonction du temps dans l’emploi... Il aimerait faire valider ses acquis professionnels pour que ses compétences soient reconnues... Tout ça, c’est vraiment n’importe quoi : mes nains ne peuvent pas quitter mon entreprise !

Mais, je répondis, ce n’est pas certain. Ça dépend simplement des clauses de son contrat de travail.

NON, ILS NE PEUVENT PAS QUITTER MON ENTREPRISE ! Écoute, Bernard, je sais que tu es quelqu’un d’intelligent. Mais, c’est simplement que tu ne sais pas à qui tu parles. De toute façon, ça ne sert à rien de discuter. Je ne sais pas pourquoi je suis venu ici. Je ne peux pas trouver des solutions à mon problème chez vous. Je vais prendre congé.

J’étais sans réaction. Il remit son énorme manteau rouge et lissa sa barbe blanche. Il me regarda avec un mélange de gentillesse et de tristesse dans les yeux et me dit : « Tu imagines, toi, avoir tes cadeaux de Noël en juillet ? As-tu déjà réfléchi aux problèmes que cela pourrait poser : dans un espace aérien complètement saturé par les charters de vacanciers, comment faire passer le traineau ? Je te passe les risques de déshydratation des cerfs s’il fait trop chaud... Et, si on étale les livraisons, comment expliquer à un enfant qu’il n’a pas son cadeau parce que le découpage des zones de distribution, voté en commission paritaire, a divisé son quartier en deux et que son petit copain de voisin a son cadeau de Noël six mois avant lui ?... Non, décidément, ce n’est pas possible. Il faut que j’aille les raisonner ».

Il mit un bonnet rouge qu’il avait à l’intérieur de son manteau, se retourna et dit : « Ho, ho, ho ! Joyeux Noël à toute ta famille ».

Heureusement, les amis, tout ceci n’est qu’une histoire inventée, sinon... plus de Noël... Ouf ! On l’a échappé belle !

Salutations à tous, amis DRH. Je vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année. Reposez-vous et profitez de vos familles. Rendez-vous en 2010 et d’ici là, portez-vous bien.

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