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L’océan indien, miroir des ambitions géopolitiques des nouvelles puissances

1/11/2011

 
 

Les secousses financières qui ont marqué l’année 2011 n’ont pas été sans impact sur la géopolitique des océans. Alors que l’Union Européenne et les Etats-Unis connaissent un endettement important, la Chine s’est offert le luxe de puiser dans ses immenses réserves afin de venir en aide aux Etats les plus endettés. En réalité, le cœur économique du monde se déporte rapidement vers l’Asie. Les Etats-Unis, sentant que la puissance leur échappe, veulent séparer l’usine du monde que constituent la Chine et l’Inde, des gigantesques réservoirs d’hydrocarbures situés dans le Golfe Persique et la mer Caspienne. Pour cela il faut agir sur terre auprès des Etats intermédiaires que sont le Pakistan, l’Afghanistan, le Tadjikistan, le Kirghizstan et le Kazakhstan, en empêchant à tout prix que des pipelines ne passent par ces Etats.

Sur mer, il convient de maintenir la présence américaine en Océan Indien face à la montée des marines Chinoise et Indienne. Dans un contexte de réduction des dépenses navales, la coopération entre les marines américaine, européenne, et russe s’accentue. Ceci est d’autant plus important que la sécurité maritime se privatise rapidement, en particulier face aux dangers de la piraterie. Les Etats bordant la Caspienne et le Golfe Persique, qui ont bien compris l’importance stratégique de leurs eaux, ne cessent de renforcer leurs flottes. Cela est vrai pour Bahreïn, l’Arabie Saoudite, ou encore pour l’Iran dont les navires s’aventurent aujourd’hui jusqu’en Syrie. Cultivant avec délectation son histoire, l’Iran sait bien que le temps de la puissance correspond à l’époque où la Perse antique, s’appuyant sur l’expertise de peuples navigateurs annexés à l’Empire, maîtrisait à la fois le Golfe Persique et la Méditerranée orientale.

La connexion de la Chine par terre et par mer aux hydrocarbures du Moyen-Orient, véritable nœud de la géopolitique mondiale, nous renvoie à l’antique route de la soie, qui fourmille de commerçants dès l’antiquité. N’oublions pas qu’au IXe siècle de notre ère, de gigantesques jonques de mer chinoises venaient aborder les rives du Golfe Persique afin d’y décharger leurs marchandises. La stratégie chinoise actuelle, fait donc étrangement penser à celle adoptée par la dynastie Tang, avec une formidable poussée de la Chine centrale vers la Caspienne. La poussée chinoise vers le cœur énergétique s’effectue de façon progressive avec douceur et modération. Elle est accompagnée d’un discours pacifique, intelligent et persuasif : la Chine ne souhaite pas de conflits maritimes, elle ne se préoccupe que de la sécurité des mers afin d’assurer la liberté du commerce. Il est vrai que la Chine est de plus en plus présente en Afrique, investissant massivement dans les mines et dans les terres agricoles. A terme, la connexion de la Chine et du continent africain aura pour conséquence le développement des infrastructures portuaires en Afrique de l’Est, la naissance de nouvelles voies de communication maritime ainsi que leur indispensable sécurisation.

Le développement pacifique n’empêche pas les tensions navales récentes, en particulier avec le Viêt-Nam. La marine de guerre chinoise fait preuve d’un professionnalisme remarqué. Sa logistique repose sur des accords d’amitié avec un certain nombre d’Etats débiteurs. La Chine a su rapatrier quelque 35 000 citoyens d’Afrique du Nord lors des récents événements, et ce sur des navires civils. Dans un contexte de fortes tensions énergétiques, la stratégie russe semble, de son côté, tirée vers deux bords opposés. Il s’agit d’une part de renforcer la marine de la mer Caspienne afin de contrôler Ses ressources énergétiques, et d’autre part de préparer le contrôle futur des prodigieuses richesses minérales de l’Arctique. Les chantiers russes travaillent toujours à la production de navires de guerre, afin de livrer, par exemple, des sous-marins de classe kilo à la marine algérienne.

Enfin le Brésil pousse ses ambitions navales afin de justifier ses prétentions à l’obtention d’un siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies. L’Océan Indien s’est donc révélé le laboratoire des ambitions géopolitiques des nouvelles puissances.

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