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Flexibilté

Changez, changez tout... Vite... Mais, sans changer...

 
 

Salutations à vous, amis DRH !

— Il faut changer !!

Le patron de cette entreprise de service était lancé et rien n’allait pouvoir l’arrêter. Il avait le comportement bourru de celui à qui on ne la fait pas, de celui qui voulait de la nouveauté... Son nouveau DRH, Jean-Michel, le regardait, complètement fasciné. L’autre, 1m95 d’énergie et de mouvement, arpentait son bureau en faisant de grands gestes avec ses bras, en parlant fort, en s’arrêtant… et en repartant de plus belle. Jean-Michel était vraiment sous le charme du personnage, mais surtout enthousiasmé par le défi qui lui était proposé...  

— Alors, je vous ai recruté pour que vous me changiez un peu tout ça. Je veux transformer cette entreprise quasiment paléolithique en quelque chose de moderne. Nous sommes au 21e siècle, non ? Il me faut un homme d’action. C’est pour ça que je vous ai recruté !

— Monsieur le Président, vous avez trouvé la bonne...

— Du changement, je veux du changement !... Alors, vous allez tout d’abord me changer les modes de gestion. Ici, nous sommes trop dans le réglementaire. On a presque oublié que nos salariés sont des êtres humains. Alors, le Code du travail, oui, c’est nécessaire, j’en conviens, mais je veux une vraie gestion humaine des ressources humaines ! Je veux que les personnes de mon organisation soient prises en compte avec bienveillance et respect. J’irais presque jusqu’à dire qu’elles doivent se sentir aimées !

— Monsieur le Président, vous avez trouvé la bonne...
Le Président lui coupa la parole en s’emballant.

— Oui, je veux du changement !... Ensuite, vous allez me changer aussi le système de rémunération. On a un système qui est trop égalitaire. Il ne permet pas de faire la différence selon l’investissement, les compétences, les résultats... Et donc, finalement, la personne. De plus, il n’est pas seulement égalitaire, il est aussi injuste. À niveau de responsabilité et de performance équivalent, certains managers sont mieux rémunérés que d’autre. Le poids de l’histoire, m’a-t-on expliqué... Proprement insupportable !

— Vraiment, Monsieur le Président, vous avez trouvé la bonne...

— Attendez, ce n’est pas tout. Quand je vous ai dit que je voulais du changement, c’est que, oui, je veux du changement. Vous allez aussi me faire évoluer le management. J’en ai marre que les collaborateurs ne comprennent pas pourquoi on prend certaines décisions. Ils sont perdus. Ils n’ont plus de sens... De plus, certains de mes managers ont la frousse. La frousse de moi, de leurs collaborateurs... Bref, ils me cachent ce qui ne fonctionne pas bien... De peur des remontées de bretelles... Ils n’osent pas être fermes avec leurs salariés... De peur des râleurs... 

— Alors là, Monsieur le…
— Enfin, les jeux de pouvoir… Je pensais que tous, nous étions tournés vers la réussite de notre entreprise. Sa réussite collective… Eh bien, non ! J’ai des managers parmi mes collaborateurs qui ne visent que l’augmentation de leur propre pouvoir. Quitte même à ruiner le collectif de travail pour la satisfaction de leur égo surdimensionné...
— Monsieur le Prési…

— Avez-vous compris, cher DRH ? Vous mettez en place une vraie gestion humaine des ressources humaines, en respectant bien sûr le cadre réglementaire, qui est quand même la base de l’administration… Vous revoyez le système de rémunération en le rendant juste et équitable. Bien évidemment, vous ne modifiez pas les salaires sans m’en parler, car je me suis personnellement engagé envers certaines personnes… Vous travaillez sur le développement du management. Attention tout de même à ne pas brusquer les choses et à déséquilibrer un système qui fonctionne aujourd’hui assez bien malgré tout… Pour les jeux de pouvoir, vous ne pourrez pas faire grand-chose, l’essentiel est que tous comprennent que c’est moi le chef !

— Mais…

— Bon, finalement, voici mes directives : vous changez, vous changez tout ! Vite !... Mais sans que ça change, hein ?

C’est sur ces mots que le Président quitta le DRH un peu perplexe.

Cette histoire me rappelle beaucoup de souvenirs. J’imagine qu’il en est de même pour vous. C’est avec délice que je ressors mon journal intime…

Je me rappelle cette entreprise de l’industrie. Avec la crise, il fallait mener un travail de fond sur l’employabilité des salariés. J’avais été, entre autres, recruté pour ça. Créer des référentiels de compétences, peser les postes, établir un référentiel des emplois… Pour avoir une vision systémique et prospective de la GRH sur fond de crise économique. Le travail fut commencé avec un vrai enthousiasme, même s’il faisait suite à une étude qui n’avait été menée à son terme. Les soucis ont vite émergé : « Mais, toi, surtout, tu ne t’approches pas de la GPEC » avait dit un responsable de service à celui de la formation. « C’est mon truc à moi !... Toi, tu fais simplement de la formation. JE pilote, tu exécutes… » Puis, se tournant vers sa collaboratrice, « Et toi, si tu lui parles, pas de renouvellement de contrat ! OK ? »… Hmmm… Avec le recul, je me souviens le bonheur de cette affectation… Bonheur, somme toute, relatif, bien sûr…

Je me rappelle aussi cette société de conseil qui usait ses collaborateurs. « Il nous faut travailler sur un système de reconnaissance... Non monétaire, bien sûr… C’est pour ça que je vous recrute. Vous avez carte blanche. Mais, évidemment, il ne faut pas que ça coûte, donc pas d’augmentation de la masse salariale. Il ne faut pas non plus que ce soit l’ouverture de la Boîte de Pandore, avec des attentes complètement irréalistes, voire ubuesques… L’idéal serait que nous, au COMEX, nous décidions des mesures à mettre en place. Au moins, nous serions certains qu’elles nous conviendront et que ça ne changera pas trop, non ?... » C’est sur ces paroles que je l’ai remercié…

Je pourrais vous citer de nombreux autres exemples d’entreprises qui souhaitent révolutionner leur système de management et qui, finalement, assoient la position de la hiérarchie et cantonnent les collaborateurs à un rôle d’exécutant… qu’ils doivent assumer en laissant leur cerveau à l’entrée de leur service le matin et en le reprenant le soir… 

Enfin, je pourrais également vous citer des entreprises qui souhaitent changer en s’appuyant sur leurs points forts pour que ça se voie. Mais, c’était juste pour me remonter le moral sur le changement, car c’est une autre histoire…

S’il y a bien une chose qui ne change pas, c’est le fait que le changement est un vrai sujet majeur pour les DRH. Alors, chers collègues, faites au mieux dans l’espace qui vous sera donné ! Quant à moi, sans changer, en cette fin de chronique, je vous salue, amis DRH. À bientôt. D’ici là, portez-vous bien !

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