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Question de vie ou de mort ?

 
 

Salutations à vous, amis DRH !

« Les balles sifflaient. Les snippers ne visaient pas le poste de garde, ils tiraient plus haut... Pour nous effrayer... Pour montrer aussi que, même si la France avait envoyé des troupes d'élite, ils n'allaient pas se soumettre, mais continuer leurs exactions ! »

C'est par ces paroles que le Colonel nous raconta une décision très difficile qu'il avait eu à prendre. 

« Cela faisait moins d'une semaine que nous étions arrivés dans ce pays d'Afrique. Notre mandat était clair : ramener le calme... avec l'usage de la force si nécessaire...

Comme éléments de contexte, je ne peux même pas vous décrire l'horreur à laquelle nous étions confrontés. Des viols, des massacres entre ethnies... Des enfants tués... On se demandait bien où nous étions arrivés...

Et puis, quasiment instantanément, notre côté professionnel reprend le dessus : installation des postes de garde, de filtrage... Patrouilles en ville... Mise en place de l'interdiction de détenir une arme en ville... »

L'auditoire du Colonel était captivé, suspendu à ses lèvres. Il n'y avait absolument aucun bruit dans cette salle de conférence... Il continua.

« Il était 18 h quand je reçus l’appel d'un des postes de garde. La nuit venait de tomber et on voyait bien les balles traçantes dans le ciel. Le chef du poste me rendait compte que sa position était prise pour cible, même si on ne lui tirait pas directement dessus. Les tireurs africains étaient invisibles, tous sauf un qui semblait nous narguer.

Mon Colonel, instructions ? »

Il nous regarda et plissa les yeux comme pour se remettre vraiment dans le moment.

« Maintenant que je vous raconte cette histoire, je me remémore très bien la voix calme du sergent qui s’en remettait à moi, sa hiérarchie, pour savoir ce qu’il devait faire. Calme et patiente, malgré la situation.

J’avais trois choix. Un, je leur disais de tendre le dos en espérant que les snippers se calment. Deux, nous ripostions en tirant dans les immeubles au risque de blesser quelqu’un d’innocent. Trois, je donnais l’ordre d’abattre le snipper qui était à découvert.

À ce moment, tout se passe très rapidement. C’est un peu comme un tableau Excel qui s’affiche à l’intérieur de votre tête, avec les choix possibles en lignes et, en colonnes, les conséquences des choix, les risques... Toute votre expérience professionnelle et toutes vos ressources intellectuelles entrent en jeu et se mélangent de manière intuitive. Et, tel un flash, il m'est revenu à la conscience qu’une même situation avait déjà eu lieu en Bosnie et que la mort d’un des snippers avait fait cesser l’embuscade. »

À le regarder, nous sentions le poids de la décision qu’il avait dû prendre et combien elle avait dû être difficile à prendre...

« Descendez-le !

J’ai entendu le sergent qui répétait mon ordre. Puis, deux coups de feu.

C’est fait, mon Colonel. »

Si nous sentions de l’émotion dans la voix de cet officier, nous pouvions également nous rendre compte de l’importance de la prise de cette décision pour les hommes qui dépendaient de lui. Et qui attendaient de savoir comment ils allaient se sortir de ce pétrin... Ou plutôt, comment leur chef allait les sortir de ce pétrin.

Le Colonel nous raconta que les coups de feu cessèrent 5 minutes plus tard et qu’aucun soldat français ne fut blessé.

Le débat se porta ensuite sur la difficulté de la prise de décision, au regard du facteur temps, des enjeux de la décision et du fait qu’une décision doit toujours être assumée. Ou devrait l’être...

Alors, chers amis, avons-nous, nous, dans notre métier de DRH, des décisions aussi difficiles à prendre ?

Tout en réfléchissant, je ressors mon journal intime que je feuillette un peu fébrilement...

Une décision où il est question de vie et de mort ?... Dans les RH ?...

Et puis, je me souviens de cette fusion-acquisition survenue dans l’industrie. Comme d’habitude, une sombre histoire d’actionnaires, de rentabilité, de bénéfices... Et de licenciements...

Je me rappelle très bien le visage ridé et fatigué de Jean. 

Jean travaillait à la production. Depuis 40 ans. Il était entré dans l’entreprise à 16 ans, dès qu’il avait pu. Pour aider ses parents. Pour amener un peu plus d’argent pour faire les courses, comme il disait...

Jean était sur la liste des personnes à licencier...

Se séparer de lui, à 56 ans, vu son niveau scolaire, c’est quasiment la certitude de le laisser sans emploi jusqu’à la fin de ses jours...

Alors, question de vie ou de mort ?

Finalement, nous avions réussi à conserver Jean dans nos effectifs... Un peu. Deux petites années, jusqu’à la fin des remboursements de sa maison. Après, ce sera bon. J’aurais de quoi vivre, M’sieur le Directeur, m’avait-il dit. Je me souviens avoir été très fier de moi, ce jour-là. Il m’avait fallu batailler contre la Direction, contre le CODIR, contre un peu tout le monde... Mais, au bout du compte, nous y étions arrivés. Nous avions gardé Jean. Ou plutôt, l’entreprise avait gardé Jean.

Dans un autre chapitre, je me souviens du recrutement d’un tout jeune, Jason, 20 ans et aucun bagage, quasiment. C'était une autre entreprise. 

Le poste était un poste d’exécution. Simple. Je l’avais embauché avec une période probatoire de 3 mois, renouvelable une fois. À l’issue du premier trimestre, Jason avait beaucoup de mal, malgré sa bonne volonté. J’ai dû renouveler la période probatoire. Je l’ai également changé de tuteur.

Jason était simple et de bonne volonté. Finalement, il réussit à honorer le périmètre du   poste. Juste. Avec peu de potentiel...

Je me rappelle m'être posé la question : vais-je le garder ? Dois-je le garder ?

Question de vie ou de mort ?...

Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que nous l'avons conservé dans l'entreprise. Il a obtenu un CDI. Ce jour-là, il est venu me remercier. Grâce à ce bout de papier qui rendait pérenne son contrat, il avait un chemin devant lui, chemin qu'il comptait bien arpenter. À sa vitesse, mais sûrement... Pourquoi pas avec une compagne et des enfants...

Il nous est difficile, à nous, DRH, de savoir quelle décision nous aurions prise à la place du Colonel de l'armée de terre, c'est certain. Nous ne sommes pas préparés à ça. En revanche, notre métier nous impose d'avoir à gérer des cas comme celui de Jean ou de Jason.

Question de vie ou de mort ?

Je ne sais pas et ce n'est pas à moi de le dire. La seule chose que j'ai envie de dire, c'est que les décisions que nous avons à prendre ne sont pas faciles, car elles ne sont jamais anodines : elles concernent la vie d'êtres humains et quelquefois de leurs familles... Alors, question de vie ou de mort ?... Non, peut-être pas, mais question de vie, oui, sûrement ! 

Dans notre métier où la « matière première » est l'homme, il me semble essentiel de faire les choses avec éthique et une certaine forme d'amour du genre humain. Toujours. Et de pouvoir être fier de son reflet, le matin, dans le miroir de la salle de bain, en se disant qu'on a participé à la construction d'un monde un peu meilleur... Et comme disait un sage, en parlant de la réussite de la vie, savoir qu'une vie seulement a respiré plus facilement grâce à vous.

Alors, en vous souhaitant de faire respirer mieux beaucoup de vies, je vous salue, amis DRH. À bientôt. D’ici là, portez-vous bien ! 

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