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Quoi de (moins) neuf ? La nouveauté

20/06/2013

 
 

« La nouveauté est à la mode », disait il y a peu le slogan, pour le moins symptomatique, d’une chaîne de grands magasins, sorte de délire autistique, auquel un Jean Cocteau eût répondu en son temps : «  La mode, c’est ce qui se démode… »

Oui, continuons à proclamer la gloire de la nouveauté, à en être les esclaves consentants. Elle finira par nous bouffer tout crus et nous irons jusqu’à aimer ça... Plus que jamais dominée par l’actualité qui lui impose ses règles, telle est la société postmoderne. Tout principe de durée étant écarté d’un revers de la main, on ne s’étonne plus de vivre dans le zapping permanent, où un événement chasse l’autre, un film en balaye un autre, un livre (ah, ca existe encore, ces menus objets si touchants et désuets) en déquille un autre parce qu’il est plus récent, plus neuf ! Après le règne des agrégés qui nous firent le coup des idéologies les plus délirantes, voici celui des abrégés, zélateurs de la pensée Kleenex, de l’éphémère radieux et de l’art à l’âme jetable... C’est dans l’instant, et lui seul, que s’actualise le monde, dans la célébration d’un présent permanent qui ne vaut, au fond, que par son imminente et inéluctable dilution. Temps réformé, déformé. Actualité qui déferle, s'auto-célèbre et s'anéantit elle-même, comme elle anéantit tous les objets qu’elle happe. Une telle allégeance à la nouveauté dit bien l'urgence, l'immédiateté où s'exalte la concurrence industrielle : être le premier, impératif névrotique de tout bon marketeur. Car, vitesse et précipitation panique semblent bien de mise dans la rivalité généralisée, accusant un effet d’obsolescence hautement suicidaire. C'est ainsi, dans l'opposition factice du « nouveau » et du « dépassé », que se trame désormais tout jugement critique, y compris pour l’art qui, avais-je cru comprendre, naïvement, échappait au sort commun en ce qu’il s’inscrivait dans une certaine durée… Jusqu’à la littérature, dont la nature même la voue à une certaine postérité, et qui se voit logée à la même enseigne que les pommes de terre (nouvelles, cela va de soi) ou le dernier Smartphone – qui-marche-d’ailleurs-moins-bien-que-le-précédent-mais-qui-est-forcément-meilleur-puisqu’il-est-nouveau. Ah, la fatidique date de péremption ! Jadis réservée au « jambon tranché fin » ou aux « yaourts en pack de douze », la voilà désormais qui sévit partout. « Au-delà de cette limite, votre ticket n'est plus valable ! », semble-t-on dire aussi aux créateurs de tout poil. Et les médias, dans leur délire, de promouvoir une œuvre – qui par essence est durée – comme une denrée périssable, à son tour remplacée par d'autres denrées, à l'exalter un court instant comme pour mieux en accuser le destin avorté, nié, liquidé. Lire Faulkner, vous plaisantez ? Il est mort au début des années 60, alors, Dante ou Eschyle, vous pensez bien…

Ce grand esprit qu’était Walter Benjamin n’avait-il pas déjà tout compris lorsqu’il écrivait : « Pauvres, voilà bien ce que nous sommes devenus. Pièce par pièce, nous avons dispersé l'héritage de l'humanité, nous avons dû laisser ce trésor au mont de piété, souvent pour un centième de sa valeur, en échange de la piécette de l'« actuel »… » Ainsi, la nouveauté – pourtant « vieille comme le monde », comme l’assène un personnage des Enfants du paradis, de Carné et Prévert –, fausse valeur culturelle, mâtinée de croyance techniciste et marchande (nouveau = forcément meilleur), est-elle désormais une aune non seulement recevable mais parfaitement dogmatique pour apprécier – au sens économique – un outil technique (grille-pain, épilateur électrique ou sex toy), mais aussi adouber ou rejeter telle œuvre d’art… Tout cela me rappelle, soudain, l’incipit du Murphy de Samuel Beckett : « Le soleil brillait, n'ayant pas d'alternative, sur le rien de neuf »

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