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Relations sociales

Au secours, les fonctionnaires de la négociation reviennent !

10/03/2014

 
 

NDLR : Cet article fait suite à ceux publié par Etienne Normand les 25 février et 4 mars dernier, sous le titre : « Pacte de responsabilité… En êtes vous si sûr ? ».


A l’heure où s’écrivent ces lignes les partenaires sont en réunion ce 5 mars 2014. Qu’en sortira-t-il ? A cet instant cela laisse peu de chance à une forte innovation sociale. 

Mais qu’allait-elle faire dans cette galère ?

Laurence Parisot est intervenue dans un plan média manifestement orchestré pour donner son point de vue sur la demande du MEDEF de renégocier le régime des intermittents. Elle l’a fait à la veille d’une manifestation pour la sauvegarde des conditions d’assurance chômage de cette catégorie et à l’avant veille de la première réunion des partenaires sociaux sur le pacte de responsabilité.

Peut être réaffirmait-elle les convictions personnelles qu’elle a toujours développées dans son rôle. Peut être pourrait on voir dans son intervention un tacle revanchard de son successeur. Beaucoup plus certainement elle était en service commandé (mais par qui ?.... ) pour désamorcer une prise en masse prévisible sur un sujet tellement symbolique  qu’il pouvait à lui seul servir de pivot à un retour vers le passé de la négociation d’affrontement dont certains cherchent à sortir par la méthode du pacte de responsabilité.

Cette intervention indique deux choses :

D’une part que des différences sensibles existent à l’intérieur des fédérations regroupées dans le MEDEF sur la stratégie à adopter dans la négociation en cours, et ce n’est pas une nouveauté. Concéder aux plus excités la revendication de cette renégociation à ce moment là est pourtant un signe de fragilité de l’organisation.

D’autre part qu’il existe bien un réseau de leaders qui peut être actionné dans un sens ou un autre et qui devrait confirmer « à ceux d’en bas » qu’au delà des postures et des rôles, une élite de la négociation collective conduit un processus convenu, trop convenu, tellement convenu qu’il est maintenant peu vraisemblable de réussir à pousser les murs et se saisir d’un peu de créativité.

Ah ! Encore des sondages !

Figurez vous que 69% des français approuvent la démarche du pacte de responsabilité selon un sondage du CSA et qu’ils sont à 80% à douter que cela puisse avoir un impact de court terme sur l’emploi. Et on dit que les français sont nuls en économie ? Faut-il être coupé du monde pour procrastiner ainsi sur l’interprétation comptable des contreparties. L’évidence partagée est qu’il s’agit d’un engagement à terme pour que de façon programmée, on coordonne la baisse de la dépense publique et la baisse de charges pour les entreprises. Que l’ensemble soit ainsi transféré à un partage entre l’investissement et l’emploi. Qu’ainsi ce sera la meilleure garantie de réduction de la dette et du déficit.

80% des personnes interrogées, selon la formule consacrée, proposent ainsi aux mandataires à la négociation de construire leur relation sur ce qui rassemble plutôt que ce qui divise. Faut il être un fonctionnaire de la négociation pour perdre ainsi le sens du client ? Ne voyez là aucun mépris pour les fonctionnaires mais la référence au fait que la règle prime sur le sens dans la marge de liberté que s’autorise le fonctionnaire dans l’action.

« Libérez l’emploi pour sauver les retraites »[1]

Dernier livre de Michel Godet, rédigé avant l’annonce du pacte de responsabilité, l’auteur argumente toujours mieux le leitmotiv qui lui est cher : le consensus sur le chômage comme régulateur de l’exception française. Ses chiffres les plus percutants portent sur un comparatif de pays de l’OCDE et démontre le lien entre faible ou fort taux de chômage et quelques indicateurs clés. Ainsi plus le taux d’activité par habitant est élevé (nombre d’heures travaillées par habitant) plus bas est le taux de chômage. Ainsi ce n’est pas principalement le nombre d’heures travaillées par actif qu’il faut augmenter mais d’abord agir sur l’insertion rapide des plus jeunes au travail et sur le maintien dans l’emploi des seniors. C’est ainsi qu’on agit le mieux sur l’augmentation du nombre d’heures travaillées par habitant, surtout quand le chômage et le coût du travail sont élevés. Apprentissage, études courtes et formation tout au long de la vie, actions de ré-engagement des plus de 45 ans sur leur deuxième temps de parcours professionnel sont les solutions les plus porteuses de diminution du chômage. Pensez vous que nos négociateurs dans les branches ont cela en tête ce 5 mars 2014 ?

Et pourtant on avance, à votre insu, cher lecteur !

Oui on avance sur trois terrains :

  1. Les fédérations patronales sont au MEDEF et la France de l’entreprise reste à la CGPME. Cette cruelle réalité tend à se révéler au grand jour à travers le relevé de conclusions proposé aux partenaires sociaux par le patronat. Ce document est bien plus un compromis au sein du patronat qu’une proposition aux partenaires. Ces derniers ne s’y sont pas trompés et il y a fort à parier pour que le perdant à la sortie soit la CGPME. Dans le changement c’est souvent l’institution qui gagne plus que le corps social. On voudra bien considérer que c’est un passage obligé à la reconstruction d’une représentativité patronale. Le gouvernement aura à corriger le déséquilibre qui pourrait en résulter pour les PME/PMI et TPE/TPI. On avance donc sur la prise de pouvoir du MEDEF sur l’ensemble du patronat hors artisanat. C’est un indice de simplification de la négociation à terme.
  2. L’unanimité du syndicalisme réformiste autour du rejet des propositions contenues dans le relevé de conclusions soumis ce matin 5 mars 2014 aux partenaires contient deux signaux faibles positifs : un accord sur une négociation par branche et au delà au plus prêt des entreprises sur la place des accords cadres qui y seront négociées et d’autre part, une obligation de concessions solides autour de ce consensus sur la méthode. Tout peut échouer ce soir mais personne n’y ayant intérêt au patronat et au sein de ce bloc réformiste on peut faire confiance à la connaissance mutuelle des négociateurs pour trouver l’arrangement acceptable. On négociera donc par branche, ce sera plus long mais plus concret. On multipliera ainsi les opportunités d’innovation ; au moins peut on l’espérer. L’Unsa n’est pas à la table de négociation nationale, elle apportera son soutien là où elle sera à la table.
  3. A la CGT, La valse hésitation de Thierry Lepaon s’est achevée.  Il aura été contraint par ses fédérations les moins réformistes : au terme de son comité confédéral national de mi février la CGT a rejoint FO pour une manifestation « des gauches » le 18 mars. Revirement de stratégie puisque la CGT avait signé une plateforme le 14 janvier avec la CFDT, FSU et l’UNSA sur la conditionnalité des aides aux entreprises. Une rupture forte entre les courants sociaux démocrates et les autres au sein de la représentation salariée s’opère. Les esprits chagrins y verront l’effet clivant de la stratégie de François Hollande. C’est peut être tout autant le signal faible de la fin prochaine d’un syndicalisme de manifestation. C’est ce qui paraît en marche à en croire à la fois les alliances transverses dont témoigne l’intervention de Laurence Parisot, les attentes des français soulignées par les sondages, la prise en main continue de Pierre Gattaz sur le MEDEF et l’alliance suicidaire de FO et de la CGT. Dans le contexte de faiblesse interne de Thierry Lepaon, pour une fois le corps social aura peut être raison des institutions : sur le terrain les deux organisations risquent fort d’y perdre.

Alors pourquoi avoir titré « au secours les fonctionnaires de la négociation reviennent » ? Un peu négatif, non ? Par ce qu’en effet tout cela est assez téléphoné. Le changement de logique de négociation n’est pas à l’œuvre. Les experts du MEDEF continuent de penser loin des ruptures nécessaires qu’appelle Michel Godet depuis 20 ans et que ressentent confusément « ceux qui font » dans les entreprises. On s’achemine tout doucement vers un changement par ordonnances. Allo ! Mendes France !


[1] Libérer l’emploi pour sauver les retraites, Michel Godet ; Odile Jacob, décembre 2013

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