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Relations sociales

"Cochon qui s'en dédit !"

31/03/2014

 
 

NDLR : Cet article fait suite à ceux publié par Etienne Normand sur le pacte de responsabilité.


Encore une fois revenir à cette mutation difficile de notre système de dialogue social. Je restais silencieux depuis 20 jours tant il était difficile de repérer les signaux faibles d’un effondrement ou d’un rebond.

Certes depuis le dernier épisode, la réunion du 5 mars 2014 entre le patronat et les syndicats salariés aboutissait à un relevé de conclusions âprement négocié sur le pacte de responsabilité.

Il faisait consensus entre le patronat et les trois syndicats CFTC CFDT et CGC. La confédération des cadres confirmait son accord le 10 mars.

Nous n’en disions rien, car à date les partenaires étaient surtout d’accord pour renvoyer la négociation aux branches avec un mandat assez vague, compte tenu des désaccords au sein même de la délégation patronale. On attendait les engagements de l’État sur les baisses de charges.

Ce mardi 25 mars la CGC nous prend par surprise au surlendemain des élections municipales. Elle retire son accord sur le pacte de responsabilité et explique son refus de signer l’accord UNEDIC.

1- Trois enseignements immédiats de ces 20 jours écoulés.

Premièrement conscience d’un cadencement accéléré du temps qui laisse peu de place à des arrangements novateurs. 20 jours et 2 accords signés : le pacte et l’UNEDIC. Verre à moitié plein d’une dynamique, verre à moitié vide d’une méthode lente et donc encore loin du changement de paradigme qu’elle suppose. Habitués que nous sommes à l’instant médiatique nous avons perdu tout sens du temps nécessaire à la controverse. Nous lui préférons des solutions. Réapprendre que toujours plus de la même chose n’est pas une solution. Lui préférer la controverse.

Deuxièmement on est tenté de rapprocher le nombre considérable d’acteurs impliqués dans ces négociations et le taux d’abstention historique aux élections municipales. Sont ils les mêmes ceux qui crient haros sur les corps intermédiaires inutiles et ceux qui ne se sont pas déplacés pour les élections ? La solidarité tue l’engagement. Ce n’est pas une question d’intérêt qui manque mais de perception ou non d’un lien entre la communauté et ce que chacun veut faire de sa vie. C’est un enjeu de coopération et c’est pourquoi la solidarité tend à obscurcir la lisibilité du lien entre le collectif et le projet de vie personnel nous explique Richard Sennett[1].

Troisièmement dans ces deux négociations du Pacte et de l’Unedic on est très en deçà des réponses attendues sur les enjeux. Pour le Pacte le patronat attend les engagements de l’État et pour l’UNEDIC la marge de manœuvre était nulle compte tenu des déclarations du gouvernement sur le maintien des droits des chômeurs en période de taux élevé de chômage. Les deux négociations démontrent d’abord le maintien de la place prépondérante de l’État dans la négociation sociale. Sans sa ligne directrice, les négociations des corps intermédiaires tiennent plus du cahier de doléances que de la négociation de transformation.

2- Les cygnes noirs sont pourtant là.

« Cochon qui s’en dédit ». Ce dicton de maquignon marquait l’engagement du vendeur sur un prix les jours de vente de bétail sur les foirails. La CGC revient sur son engagement sur le pacte, elle peut se reconnaître cochon. Elle trouve justement que dans l’affaire les cadres sont traités de cochons de payants : quand on produit de la solution sans refondation on gratte là où il y a encore un peu de gras avec la bonne conscience de ne pas toucher aux plus pauvres. Solidarité mal comprise encore. Carole Couvert fait un coup d’éclat assez rare pour être noté. 12 heures après personne ne lui a répondu et ce n’est pas banal non plus.

Deuxième cygne noir la concurrence syndicale se réveille. Retrait de la CGC du pacte mais signature inattendue de FO sur l’UNEDIC  comme pour compenser l’image désastreuse de sa participation à la manifestation du 18 mars. Les deux évènements doivent être rapprochés car ils montrent à quel point les organisations patronales ou syndicales sont en perte de repères, traversées par des courants qui les recomposent.

Troisième cygne noir la posture du MEDEF dans la négociation UNEDIC. Après une négociation très petit pied sur le pacte le MEDEF renverse la table par des propositions véritablement réformatrices sur l’UNEDIC. En d’autres termes il ne prend aucun engagement de contreparties sociales sans connaître le bénéfice des baisses de charges d’un coté et de l’autre il demande à des partenaires divisés une rupture considérable (l’adaptabilité des indemnisations au taux de chômage). On vient d’assister à une partie de poker menteur alors que tous les partenaires savent ce qu’il faut faire et que plusieurs sont prêts à le faire pour autant qu’il n’y ait pas de cartes cachées dans les manches. Clairement sur ces deux négociations on s’est testé et on sait ce qu’il faut faire. On attend l’État.

L’effondrement du politique et le discrédit des corps intermédiaires sont acquis. Et ce n’est pas un signal faible, c’est gros comme un vol en escadrille de cygnes noirs !

L’effondrement de l’économique est toujours rampant mais son rebond toujours à portée de main.

L’effondrement du social est à la croisée des chemins :

  • Au lendemain du deuxième tour les jeux seront posés sur la table. Puissent les rentiers de la négociation sociale, gestionnaires habiles des coûts du désengagement des salariés décider enfin de remplir leur rôle.
  • N’en déplaise aux esprits chagrins les cygnes noirs sont rarement évoqués par la presse. A ceux qui craignent le délitement rappelons que sur plus de 36 000 communes qui votaient dimanche 5 sur 6 ont élues leur maire au premier tour. Il reste moins de 6000 maires à élire au deuxième tour. L’abstention est regrettable mais dans plus de 80% des communes on est parvenu au consensus en un tour.
  • N’en déplaise encore aux esprits chagrins le retrait de la CGC est principalement un rappel à la responsabilité de ceux qui ont en charge la négociation du changement. Ce rappel est sans effet sur la validité d’un simple relevé de conclusion et Carole Couvert prend soin de souligner que son syndicat pèsera de tout son poids dans les négociations de branches. C’est avec le même optimisme qu’on peut interpréter le coup de gueule de Pierre Gattaz faisant grief à son négociateur Pillard d’avoir finalisé un accord Unedic qu’il aurait mieux fallu faire échouer pour entrer enfin dans le traitement des enjeux.

Tout cela promet de belles découvertes post municipales. A très bientôt pour de nouveaux épisodes.


[1] Richard Sennett, ensemble pour une éthique de la coopération, Albin Michel, 2013

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