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Passeport pour Nunucheland…

10/09/2014

 
 

Homo pseudo sapiens, toujours en veine de nouveautés pittoresques, ne manquera jamais de susciter en nous exaltations diverses et soudaines afflictions. Ainsi de ce tropisme insistant qui semble devenir un des  marqueurs de ce temps où l’esprit barbotte souvent. Est-ce un fait social total, comme se le demanderait le grand Marcel Mauss ? Un de ces faits saillants qui cernent la sociologie d’une époque ? Après les méandres esthétiques de l’Ancien Régime, agonisant dans un rococo  asthmatique, le style Retour d’Egypte, le style Empire, Louis-Philippard, Troubadour ou Art Déco, voici que Le Nunuche est partout, signant de son sceau rose bonbon la création contemporaine.

Passons sur l’art pictural, dont quelques régents désignés, abonnés au Wall Street Journal (Koons, Hirst, Murakami), contrôlent les cours du kitsch en traders avisés. Passons sur l’art sulpicien de la subversion de salon qui nourrit nos glorieux chanteurs jusque dans la pauvreté de leurs rimes. Attachons-nous plutôt à la « littérature » dont un fleuve de bons sentiments irrigue aujourd’hui les jachères. Selon la réjouissante formule d’Eric Naulleau – encore un mauvais esprit, celui-là…: « les grossistes en eau de rose » abondent sur les étals de nos librairies et, ne nous en étonnons pas, raflent souvent la mise. Il fut un temps où une collection à la renommée planétaire pourvoyait le chaland en bluettes calibrées qui ne devaient à la littérature qu’un vague usage de l’alphabet et quelques signes de ponctuation. Mais de bluettes calibrées, désormais, tout éditeur un peu avisé se fait fort d’être généreux : Lévy, Musso, Foenkinos, Zeller, Coelho, Gavalda, Jardin, beaucoup d’autres… Un monde passé au Ripolin avec juste ce qu’il faut de stuc pour que le plafond ait l’air joli et ressemble à un ciel. Sous ces plafonds assez bas, disons-le, on frissonne d’amour, parfois de peur, on éprouve des sentiments confus, vaguement mystiques, tendance New age, qui renvoient de l’époque une image bien peignée, inoffensive, écologiquement compatible. C’est le souverain bien platonicien, recyclé à la sauce Blédina. Et si l’on parlait de cinéma ? Alors là, c’est le pompon !, comme le diraient des mômes hilares, sur le manège enchanté. Entre l’interminable série des Harry Potter, Twilight I, II, III, IV et Iron Man I, II, III, l’éventail est large. Du Nunuche estampillé, le registre est vaste, qui va de la guimauve labellisée, façon Amélie Poulain, à Luc Besson et Quentin Tarantino qui, sous couvert d’hémoglobine et de coups de latte dans le plexus, nous servent trop souvent des mangas infantiles à peine digestes pour un ado.

Tendance généralisée ? La liste est longue de ces films sans script qui ne sont, au fond, que des jeux vidéo et ne parlons pas des Bisounours dont l’esthétique se décline à l’infini dans les médias. Gombrowicz avait prévenu qui voyait à l’œuvre une cuculisation planétaire, celle d’un monde où les adulescents, nouveau concept échafaudé par les psys, prospèrent jusqu’à 50 ans dans le monde de Barbie, des Mini-moys ou du videogame débile… Le philosophe Frédéric Schiffter, dans un registre tout ce qu’il y a de plus sérieux, analyse ainsi les trois mamelles de la Nunucherie contemporaine : le chichi, qui permet de sacrifier une réalité tragique au profit d’une vision aseptisée, immature, du monde, le blabla, qui en est la rhétorique lénifiante, vaguement explicative et le gnangnan, rachat à peu de frais d’une vague conscience éco-planétaire où l’on confond la sensiblerie avec la sensibilité. Pascal, jadis, n’a-t-il pas déjà annoncé cette dictature du divertissement obligatoire, terreau fertile du Nunuche ? Bienvenue à Nunucheland

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