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Parabole

23/12/2015

 
 

 

Séjournant récemment du côté de Naples, j’ai pu y découvrir entre autres chefs d’œuvre, dans une des immenses salles du musée du Capodimonte, La Parabole des aveugles, pièce maîtresse de Brueghel l’Ancien que je croyais, je l’avoue, sous des latitudes plus septentrionales. Elle coule donc des jours paisibles, cette toile inspirée des Evangiles, au cœur d’un merveilleux parc aux essences centenaires, où monte, le soir venu, le doux parfum salé de la mer et des îles phlégréennes. On y voit un groupe d’aveugles exagérément confiants dans le premier de leur file, celui qui leur ouvre la voie, tombant à la queue leu leu dans un fossé qu’ils ne peuvent évidemment voir. Il y aurait bien à gloser sur cette capacité d’homo pseudo sapiens, animal grégaire, à marcher droit devant lui avec une mâle assurance, à emboîter le pas, bêtement, à ses congénères, à s’en remettre aveuglément à ceux qui semblent savoir où ils vont, à ceux qui ont la voix la plus forte ou une rhétorique plus léchée, jouant habilement de nos abyssaux conformismes. L’histoire est remplie de ces cécités-là.

De quoi me remettre en mémoire cette histoire qu’on se répète depuis la nuit des temps dans les pays du Nord… On dit qu’aux premiers jours du printemps, tandis que, de nouveau, le soleil s’affiche haut dans le ciel laiteux, dans les toundras de Norvège, du cercle arctique ou de Sibérie, des milliers, des dizaines de milliers et bientôt des centaines de milliers de lemmings – ces petits mammifères ventrus qui pourraient faire penser à nos campagnols –, mus par on ne sait quel impérieux instinct, entament une longue migration vers la mer. Nuit et jour, en butte aux attaques sanglantes de leurs prédateurs, trop heureux d’une telle aubaine, ils avancent en colonnes serrées, fleuves de chair coulant, sans fléchir, vers un improbable estuaire. A chaque heure de la nuit, à chaque heure du jour, dans cette folle chevauchée, la nature prélève sa dîme, assassine, tue, éventre, dévore à pleines dents ces boules de poil effarées qui semblent céder à une course panique. Loups, rapaces, renards, belettes, martres et autres saigneurs patentés de ces contrées, font des coupes claires dans leurs rangs, un peu comme les cosaques de l’ataman Platov dans ceux de la Grande Armée déchue, pendant l’hiver 1812. Mais rien n’y fait, un élan vital les pousse comme vers un point cardinal mystérieux. Combien d’entre eux arriveront à destination ? Combien d’entre eux verront un jour cette mer hostile dont ils n’ont même pas rêvé et qui s’impose sourdement à eux ? Et, combien d’entre eux auront-ils seulement la conscience qu’ils marchent, que la marche du lemming est inscrite dans leurs gènes comme un mouvement d’horloge à l’issue identique depuis des millions d’années ?

Une légende tenace veut qu’une fois arrivés sur les hautes falaises du littoral, les lemmings y plongent dans la mer sans autre forme de procès, comme cédant à la pulsion d’un étonnant suicide collectif. Si les spécialistes s’accordent aujourd’hui sur le fait que ce « suicide » relève de la pure interprétation, il n’en demeure pas moins que, perdus dans les conjectures, on ne sait toujours pas pourquoi, de toute éternité, ces migrations ont lieu. Sacrifice de masse en vue de la survie de l’espèce ? Extension naturelle de l’espace vital ? Simple déterminisme darwinien ? Personne, au fond, n’en sait rien. « Etrange aveuglement des enfants des hommes », commenterait Bossuet, y voyant une parabole des  faiblesses humaines. Einstein, lui, bien conscient de l‘impossibilité de la science à tout éclairer, s’abriterait derrière son humilité proverbiale : « Quiconque n’est pas accessible à l’idée du mystère est un homme mort… »

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