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Bornes in the USA…

26/10/2016

 
 

 

Impressions de voyage...

A Philadelphie, La première chose qui vous tombe dessus, comme une houppelande, c’est la chaleur tropicale et sa moiteur sans remède hormis tous ces espaces conditionnés où l’on se réfugie. Au fil de ces rues à l’odeur de bitume en fusion, la vie, des tenues légères, des voix aiguës, une forme d’insouciance avec ces joggeurs en tenue fluo qui vous frôlent en courant. Après quoi ? Les journaux, eux, le moindre des écrans grand format qui tapissent, ici, tout espace public bruissent de la future élection. Partout, les visages d’Hillary Clinton et de Donald Trump s’agitent dans un discours muet. Trouvez la vraie blonde… Tout à l’heure, du côté de Wayne, banlieue huppée, un panneau me cueillait comme un uppercut : « Black lives matter » (Les vies noires comptent). Ce rappel constant affiché partout, devant les églises, au croisement des grandes avenues, est toujours un choc, comme répondant à certains relents racialistes de la campagne. On se dit soudain qu’on en est encore là, cinquante-deux ans après l’élargissement des droits civiques, un siècle et demi après la fin de la guerre civile, comme ils l’appellent ici. Pour ce qui est du climat général, il est un peu tendu. Au généreux « Yes we can ! » fourbi par le futur ex- locataire de la Maison Blanche semble succéder un « Yes we cant ! » (du verbe intransitif to cant : parler avec hypocrisie ou débiter des clichés). Aucun coup n’est banni et, après la litanie des scandales, c’est maintenant du carnet de santé des candidats qu’il est question. Chaque jour, sur CNN, CBS, NBC et consorts, des débats interminables entre soutiens des deux camps. Hier soir, Rudy Giuliani, l’ancien maire de New York, plaidait la cause de Trump, le verbe haut et pour le moins offensif. Symptômes alarmants d’une fièvre obsidionale ? Une certaine Amérique se sent menacée par un Ennemi majuscule, extérieur ou intérieur, et, paradoxe édifiant, les trumpettes de Jéricho ne font pas, ici, tomber les murs, mais claironnent qu’on en érigera d’autres, sur la frontière avec le Mexique. Il y a dix-sept ans déjà, j’étais invité comme conférencier à PennState university, célèbre campus au cœur de l’état de Pennsylvanie. L’ambiance y était studieuse, mais légère. C’était avant le 11 septembre 2001…

Les bornes s’accumulent : Wilmington et Newark (Delaware), Baltimore (Maryland), puis Washington DC et ses vastes avenues. Ici, c’est un peu la province, pas de gratte-ciels, mais de grands parcs gazonnés où gambadent les mômes. Lincoln reste de marbre en son mémorial, jetant un regard désolé sur ce monde et des touristes en tong... La Maison Blanche, si convoitée, semble assoupie dans la touffeur de l’été. Plus tard, ce sera la route 66 et le cœur de la Virginie. On se croira alors au début de Géant, de George Stevens, quand Liz Taylor fait du cheval dans une mer de vert cru bordée de palissades blanches. Nos amis, Barbara et Raul, qui y habitent, fervents soutiens d’Hillary Clinton, ne cachent pas leur inquiétude devant certains sondages. Un chauffeur de taxi, que j’interrogeais récemment, ne m’a-t-il pas avoué qu’il ne concevait pas de confier les rênes du pays à une femme…?

Je me rappelle soudain ma charmante voisine dans l’avion. Une femme d’âge mûr, Américaine d’origine libanaise comme en témoignait son accent si reconnaissable. Une fois que l’appareil de Delta Airlines se fut posé sur la piste, je la vis esquisser un discret signe de croix. Oui, God bless America ! Puisse cette nation, avec ses déroutants paradoxes, ses maux endémiques, mais aussi ses vertus, si nombreuses, dont nous ferions bien parfois de nous inspirer, atterrir aussi, sans heurt, après la grande échéance de novembre.

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