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Relations sociales

Regards croisés sur le syndicalisme

23/03/2016

 
 

 

Jérôme Chemin est Secrétaire national à la CFDT Cadres et Délégué syndical central CFDT chez Accenture. Il échange ici avec Vincent Berthelot.


Vincent Berthelot : La crise du syndicalisme est bien plus profonde que celle que nous pouvons parfois analyser au travers de certains rapports (Dialogues 2015). Les différentes réformes sur les relations sociales, visant à légitimer leur action, n'ont pas porté leurs fruits. On assiste même, dans certaines entreprises, à un émiettement des voix rendant encore plus complexe les négociations sociales, ou les ramenant au niveau de stratégie d’alliances. La confiance des salariés dans les syndicats diminue ; les adhésions aussi, et le renouvellement des cadres syndicaux partant en retraite de plus en plus difficile ; ce qui ressemble à un cercle vicieux. L'ensemble des syndicats sont touchés par ce désamour à l'exception de la CFE-CGC et de la CFDT pour la catégorie Cadre, qui bénéficient de l'effet d'une modification profonde de la sociologie des travailleurs en France.

Comment retrouver des acteurs légitimes ou assurer la transition vers d'autres formes de représentation sociale ? Les risques d' « ubérisation » des syndicats sont réels, avec ici et là une organisation des salariés en réseau social au niveau de l'entreprise, exprimant leurs revendications, voire organisant des débrayages symboliques importants ou des grèves illégales.

Pour autant, les entreprises ont besoin d'acteurs légitimes pour gérer les importantes transformations à venir – transformation digitale comprise – impactant les métiers, les manières de travailler, les parcours professionnels. Comment retrouver des acteurs légitimes ou assurer la transition vers d'autres formes de représentation sociale ? 

Jérôme Chemin : Pour moi cette crise du syndicalisme est toute relative :  

  • Si nous regardons les partis politiques, les syndicats comptabilisent bien plus d’adhérents et surtout bien plus de militants 
  • Si nous nous comparons nos taux de syndicalisation, ils sont certes bien inférieurs à ceux du nord ; mais rappelons que nous sommes en France sur un syndicalisme d’adhésions. Les pays nordiques afficheraient très certainement des taux bien inférieurs aux nôtres s’ils n’avaient pas le choix d’un syndicalisme orienté purement service. Dans ces pays, pour bénéficier de certains droits (chômage par exemple) il faut adhérer au syndicat signataire pour en bénéficier.

Si nous regardons en terme d’adhésion, nous constatons que ces dernières années de plus en plus de jeunes s’engagent. Ils n’ont souvent pas les préjugés que leurs ainés pouvaient avoir sur le syndicalisme et veulent travailler sur des propositions concrètes, en étant au plus prêt du terrain. Certains adhérent aussi pour ce que le syndicalisme représente dans leur entreprise ou par accointances avec un militant rencontré. Mais ont du coup parfois du mal à rester adhérent quand ils quittent l’entreprise. 

En ce qui concerne le départ des cadres syndicaux, il sera peut-être plus difficile de trouver des permanents détachés à 100%, autrefois "prêtés" par la Fonction Publique ou les grandes entreprises françaises. Nous allons peut-être avoir plus de personnes détachées à mi-temps – voir moins –, qui garderont un rôle dans leur entreprise d’origine ; du moins pour les fonctions hors exécutif, où il est nécessaire d’avoir des permanents pour faire "tourner la boutique".

On parle d’ubérisation du syndicalisme. Je pense que les acteurs légitimes resteront les syndicats : si on voit ça et là des regroupements alternatifs apparaitre dans les entreprises, ils présentent plusieurs défauts :  

  • Ils sont bien souvent éphémères ; ils apparaissent sur une revendication bien précise et disparaissent une fois que celle-ci s’éteint (qu’elle aboutisse …ou pas). Or le dialogue social doit se construire dans la durée et les directions d’entreprise doivent pouvoir trouver des interlocuteurs qui maitrisent bien l’ensemble des sujets abordés. 
  • Ils sont souvent corporatistes et ne défendent pas l’ensemble des salariés, mais seulement ceux en lien avec leur cause, au point de pouvoir parfois lever les uns contre les autres. La diversité des adhérents, des élus et mandatés syndicaux en entreprise permet au contraire d’éviter ce corporatisme. 

Vincent Berthelot : Ce qui est reproché aux syndicats, c'est leur manque d'écoute, leur auto-centrage avec des carrières passées dans le syndicat, qui professionnalisent certainement les acteurs sur les jeux des négociations, mais les déconnectent et les délégitiment peu à peu de la base.

Il n'est malheureusement pas rare de se trouver en face de représentants des salariés qui connaissent mal leur dossier, mais encore plus mal les vraies attentes des salariés. Le syndicalisme consistant à défendre des positions de principes – voire des principes idéologiques – n'est plus de mise. 

La mise en place de la BDE (Base de données économiques et sociales) s'est finalement traduite par un échec, avec très peu de consultation. Les RH qui avaient beaucoup investi sur ce chantier s'interrogent sur la désaffectation des représentants syndicaux sur cet outil, qui devait leur permettre de mieux comprendre la stratégie et les projets de l'entreprise. 

Jérôme Chemin : C’est certes cette vielle image qui traîne encore dans pas mal de tête aujourd’hui. Mais de même qu’il y a des mauvais patrons, il y a des mauvais syndicalistes. La réalité dans beaucoup d’entreprise est heureusement bien différente : beaucoup reconnaissent aujourd’hui la richesse du dialogue social dans leur entreprise et assistent à une professionnalisation des syndicats qui les oblige bien souvent à mieux outiller leur service RH/affaires sociales. Ceci a été renforcé ces dernières années par la place grandissante prise par la négociation collective dans la régulation des rapports au sein des entreprises. Le syndicalisme n’a tout simplement plus le choix : il se doit d’occuper le terrain. 

Pour la BDE, là où les RH regrettent la désaffection des représentants syndicaux pour l'outil, c'est qu'il s'agit bien souvent d'un simple outil de stockage de documents qui ne répond pas aux objectifs premiers de la BDES : voir comment l’entreprise produit de la richesse et la répartit, entre les différentes parties prenantes (investissements nécessaires à son développement, salariés, dirigeants, fournisseurs, sous-traitants et actionnaires) pour permettre aux représentants du personnel de comprendre la réalité économique et sociale de l’entreprise afin d’influer sur les décisions plutôt que de les subir. 

Vincent Berthelot : A propos de transformation digitale, les syndicats jouent leur rôle dans la transformation numérique des entreprises avec des mise en garde sur l'infobésité, le droit et le devoir à la déconnexion, la participation à de nombreux travaux sur l'avenir du travail. Cependant je ne vois pas le renouveau des syndicats dans la simple utilisation de ces outils 2.0, si les modes de communication, de contestation demeurent les mêmes. Les syndicats doivent faire leur propre révolution digitale et remettre pour certaines de l'agilité dans leur organisation, hautement hiérarchique. Repenser le rôle de la confédération face aux syndicats d'entreprises, celui de délégué du personnel, d'élu syndical face aux salariés est crucial. 

Les salariés n'attendent plus le syndicaliste populaire lors des grandes grèves de 68 ; ces temps héroïques sont passés ! Ils attendent d'avoir des échanges, une écoute, du sens et une représentation de leurs demandes. 

Jérôme Chemin : Quand on regarde l’évolution numérique des entreprises sur les aspects sociaux, nous n’avons pas à rougir. Les syndicats ont au contraire pris en compte les nouvelles formes de salariat et organisations du travail en investissant par exemple très rapidement les réseaux sociaux (bien avant les entreprises souvent) ou en proposant des services innovants aux salariés. Nous pouvons citer l’offre « réponse à la carte » de la CFDT : ce service d’accueil téléphonique disponible 6 jours sur 7 est réservé aux adhérents CFDT pour poser toutes leurs questions liées au travail, à la vie professionnelle ou personnelle.  

Vous parlez de structures syndicales très hiérarchique et nous pouvons en effet encore le ressentir chez certains syndicats contestataires. A la CFDT, une grande autonomie est laissée aux instances représentatives du personnel pour qu’ils soient réactifs et puissent répondre aux attentes de ceux qu’ils représentent. 

Vincent Berthelot : On peut s'interroger sur ce point sur le financement des syndicats qui est assuré par les entreprises et non par les salariés. Les syndicats sont donc redevables sur le plan de moyens aux entreprises et non aux salariés. Certaines études ont avancé l'idée d'une cotisation de 0.6% du salaire pour financer les syndicats et assurer leur indépendance vis à vis de la direction. 

La seconde idée c'est le pouvoir de contrôle et exceptionnellement de sanction des salariés vis à vis de leurs représentants, quand ceux-ci ont commis des fautes suffisamment lourdes pour perdre la confiance des électeurs. 

Jérôme Chemin : La réforme du financement du paritarisme a déjà corrigé de nombreux écueils. La cotisation de l'adhérent doit être de toute façon être la première source de financement de toute organisation syndicale. Ensuite il faut bien avoir en tête que de nombreux organismes fonctionnent grâce au paritarisme ; et il est important pour les organisation syndicales de disposer de moyens financiers pour remplir au mieux leur mandat. Enfin la formation syndicale, l’information et l’animation des salariés exerçant une activité syndicale doivent être cofinancées par les contributions de l’État et des entreprises. 

Quant à l'idée d'un tribunal de salariés pour sanctionner leurs représentants, tout est déjà en place pour le faire ! Alors à quoi bon mettre en place de nouvelles mesures ? Un représentant du personnel qui n'est pas à la hauteur de son mandat sera sanctionné aux prochaines élections. Celui qui commet des fautes sera sanctionné comme tout salarié dans l'entreprise. Après, si une telle instance doit voir le jour, aura-t-elle aussi un droit de regard et de sanctions sur les dirigeants de l'entreprise en qui les salariés placent aussi leur confiance?

Vincent Berthelot : Les propositions de la Ministre du travail, Myriam el Khomri, de pouvoir en passer par le référendum afin de valider un accord ayant reçu la signature d'au moins 30% des syndicats représentatifs – mais faisant face à une opposition de 50% – me semblent aller dans le sens de la modernisation du dialogue social. Ce référendum reste à la main des syndicats ayant signé l'accord et pourrait permettre de mesurer la bonne représentation des demandes des salariés. On peut même se demander s’il ne conviendrait pas de le rendre obligatoire pour les accords transversaux d'une grande entreprise afin de redonner une obligation de lien puissant entre salariés et leurs représentants. 

Jérôme Chemin : Je reprendrais en introduction la phrase de Jean Kaspar, dans une tribune des échos du 3 février "Qui a peur de l'avis des salariés ? Un syndicat n'est-il pas d'abord au service de ceux qu'il représente ? ". Faire un référendum en lieu et place du dialogue social n'est pas une bonne chose, car il manque la phase de dialogue et de réflexions nécessaires en amont de toute prise de décision. Mais négocier un accord en tenant compte en amont des attentes des salariés et vérifier en aval que nous les avons bien prises en compte, ceci peut au contraire renforcer les syndicats et l'image qu'ils renvoient à ceux qui disent qu'ils sont déconnectés du terrain.

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