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Incohérences qui ne mènent nulle part

 
 

Article polémique pour un début d'année tendu...

Dans son ouvrage In Praise of Idleness, le philosophe Bertrand Russell écrivait : « Les méthodes de production modernes nous ont donné la possibilité de permettre à tous de vivre dans l'aisance et la sécurité. Nous avons choisi, à la place, le surmenage pour les uns et la misère pour les autres; en cela, nous nous sommes montrés bien bêtes, mais il n'y a pas de raison pour persévérer dans notre bêtise indéfiniment ». Il est mort en 1970… et depuis ces 50 dernières années, je n’ai pas vu que nous ayons encore renoncé à notre bêtise, tout au contraire ! Néanmoins le philosophe, dans sa mansuétude, emploie-t-il le terme « indéfiniment »… ce qui nous laisse un espoir de revenir un jour à la raison ! Disons juste que ce n’est pas encore d’actualité.

L'incohérence nait d'un contre-sens

Il ne s'agit malheureusement toujours pas, aujourd’hui, de concevoir ce que doit être le travail et l'environnement économique pour construire le projet humain et social de notre choix ; il s'agit au contraire de « formater » les comportements humains et de tisser un environnement social capable de s'adapter à la réalité économique et si possible… d'y survivre. D’y survivre dans le surmenage ou dans la misère. C’est l’envers de la raison et de l’intelligence, mais c’est ainsi. La conception de l'homme au travail s’en trouve profondément modifiée ; mais il faut bien être conscient que la configuration des structures et des organisations présentant une solution de continuité avec un système économique que nous subissons a pris son autonomie et n'est désormais plus contrôlable ; en tous cas n’est plus « politiquement » contrôlable.

Dans ce système, l’homme tient le rôle de force de travail, « d’agent économique » dont on se sert et dont on se débarrasse à l’instant même où l’économie l’exige. Car l’économie est désormais la finalité ultime de la vie des hommes : la notion même de « gestion des ressources humaines » ne dit pas autre chose, si l’on y prend garde, malgré tous les beaux discours sur une toujours possible « noblesse » de la chose.

Bénéfices ou prospérité ?

Le sens sous-jacent des « ressources humaines » est le plus souvent celui de l’instrumentalisation humaine au profit du seul bénéfice des entreprises ; que dis-je : des actionnaires. Ce sens ne poserait sans doute aucun problème à personne si l’homme pouvait effectivement à son tour y retrouver une finalité et des valeurs qui répondent à ses propres besoins de « sujet personnel », et non seulement d’un « objet » parmi les autres. L’homme a en effet besoin, pour vivre, d’être considéré comme un sujet personnel : il a besoin d’être « quelqu’un », et pas seulement « quelque chose », tant à titre personnel qu’à titre collectif ! 

Il est aisément constatable que les acteurs politiques, économiques et mêmes sociaux – de quelques colorations qu’ils soient –, prennent leurs décisions sur la base des valeurs économiques dominantes, parce qu'ils n'ont plus d'autres alternatives. Ces valeurs "pragmatiques" – façon de confesser qu'en fait nous les subissons – sont imposées par la progression exponentielle et conjuguée des techniques, des technologies et de la globalisation de l'économie. Le problème concret est qu'elles laissent en plan des pans entiers de la réalité, de l’écologie et de l'humanité.

Mais si l’on considère le rapport de l’homme à l’économie, au sens traditionnel du terme, c'est-à-dire grosso-modo la manière dont il administre la production, la distribution et la consommation des richesses, on peut aisément constater que c’est une véritable révolution qui s’est opérée.

L’économie, pendant des millénaires, a eu pour fin la prospérité, c'est-à-dire l’édification de l’ensemble des conditions favorables pour que les hommes mènent une vie heureuse et puisse la développer dans toutes ses dimensions : personnelle et familiale, artistique, morale, spirituelle, professionnelle, etc. Et, en ceci, l’Économie se trouvait être une partie intégrante du Politique, visant au bien commun et au respect de la « chose publique ». Même si ces efforts n’étaient pas globaux, et parfois très circonscrits géographiquement, avec des moyens sans commune mesure avec ceux d’aujourd’hui, leur finalité n’en était pas moins l’amélioration de la vie des hommes.

Loin de moi l’idée de devenir pour autant réactionnaire – je crois au sens de l’Histoire –, mais il ne faut pas craindre de dire que cette réalité a aujourd’hui disparu ; qu’elle s’est même renversée radicalement dans les dernières décennies. Le bénéfice maximal pour quelques uns a remplacé la prospérité pour tous. L’homme au travail est devenu dans cette finalité une ressource comme une autre, « humaine » puisqu’elle n’est pas financière, digitale ou mécanique ; dans certains cas même plus proche de la fourniture consommable que de l’investissement durable.

Gare à la colère des "invisibles" !

Certains penseront certainement que le fait d’être ainsi regardé comme une pure ressource comporte des compensations matérielles qui devraient suffire à nous satisfaire. Et certes notre situation est enviable… Mais au contraire, tout se passe comme si l’impressionnante facilité que nous avons à satisfaire indéfiniment nos besoins matériels mettait en relief, par contradiction, l’acuité d’un désir de relation et de reconnaissance humaine plus authentique, plus réelle. Le désir d’être regardé pour nous-mêmes, et pas seulement pour le moyen que nous représentons.

Néanmoins, pour l’instant, les hommes s’y adaptent tant bien que mal ; on pourrait le dire à la manière de Claudel : « A ne pas vivre comme ils pensent, ils finissent par penser comme ils vivent ». La question est de savoir si c’est durable, et dans quelles conditions, à l’échelon mondial… car la violence croissante des laissés pour compte, par exemple, n’est pas un message tout à fait indifférent pour l’avenir.

Les problématiques de fond du développement responsable, de la raison d’être sociale, fort débattues en ce moment, rejoignent sans doute un peu cette perspective. 

Il serait temps de les prendre au sérieux.

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