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Leadership

Stop à la « pseudo-bienveillance » !

 
 

Stop à la « pseudo-bienveillance », réhabilitons l’authentique bienveillance !

La bienveillance…. tout comme moi, vous n’avez pas pu y échapper ces dernières années….

Elle est partout, mise à toutes les sauces et s’immisce dans tous les domaines de notre vie : éducation, management, développement personnel… à tel point que je frôle l’overdose !

Étant la première à trouver cela regrettable, je m’interroge … : Comment et pourquoi en suis-je arrivée à une telle saturation ? Mais surtout est-ce vraiment de la bienveillance et tout particulièrement du management bienveillant dont j’en ai ras la casquette ? Force est de constater qu’il s’agit surtout de l’interprétation voire même de l’instrumentalisation qui en est faite.

La bienveillance n’est pas un « nouveau » concept 

En premier lieu, ce qui m’horripile c’est qu’on en parle comme d’un nouveau concept « tendance » et à la mode alors que « Non mais allô ! Quoi ? » ce n’est clairement pas un phénomène qui vient d’apparaître. Aristote, Saint Thomas d’Aquin ou bien Kant pour ne citer qu’eux et ne pas aborder les religions ont tous évoqué et développé cette notion depuis fort longtemps.

La bienveillance est trop souvent instrumentalisée

De nombreuses entreprises ayant pris conscience de l’importance des risques psychosociaux et des ravages du stress (dont le coût social a été évalué en 2007 par l’INRS en collaboration avec Arts et Métiers ParisTech à 2 à 3 milliards d’euros par an) déclarent avoir à cœur d’améliorer le bien-être de leurs salariés afin in fine d’accroître leur productivité. Je ne peux que m’en réjouir.

Néanmoins, nombreuses sont les structures qui en la matière ont cédé à la facilité en se contentant de changements que je qualifie de purement « cosmétiques » à l’instar de la prolifération de salles de jeux, baby-foot, cours de yoga et de pilates, bonbons et boissons en tout genre en libre-service…. 

Bref, en grattant un tout petit peu on s’aperçoit assez rapidement qu’il ne s’agit que d’un cautère sur une jambe de bois et qu’aucune démarche sincère et d’envergure n’a véritablement été mise en œuvre. Cela s'apparente davantage à du "greatwashing" [1] qu'à une réelle volonté d'améliorer la qualité de vie au travail des collaborateurs.

La bienveillance n’est pas de la faiblesse

La bienveillance est trop souvent interprétée, à tort, comme une forme de faiblesse voire de laxisme par certains qui ont beau jeu d’objecter « ici c’est le monde de l’entreprise, on n’est pas chez les Bisounours ».

C’est mal comprendre ou plutôt feindre de mal comprendre ce qu’est un manager bienveillant. Un manager bienveillant n’est pas quelqu’un de complaisant et lâche avec les membres de son équipe n’osant jamais les contredire et validant toutes leurs demandes.

Un manager bienveillant fait, au contraire, preuve de courage managérial et pratique la parrhêsia à savoir la parole de vérité directe et droite sans langue de bois. Il est tout aussi capable de formuler une remarque positive que négative sur le travail d’un de ses collaborateurs et sait le faire avec justesse, équité, courage et objectivité.

Pour citer Gaël Chatelain-Berry, « Il est possible de tout dire à quelqu’un tout en étant respectueux, le pire comme le meilleur ». En résumé, un manager bienveillant « ne fait simplement jamais à ses équipes ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui fasse. » Cette phrase empruntée, à nouveau, à Gaël Chatelain-Berry me semble frappée au coin du bon sens. 

Elle fait, de plus, écho à un impératif catégorique de Kant qui me tient particulièrement à cœur et me guide dans ma vie aussi bien personnelle que professionnelle depuis de nombreuses années : « Agis toujours de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée par ta volonté en une loi universelle » [2]

Et enfin et surtout la bienveillance ne se décrète pas !

Je suis littéralement excédée par les organisations qui s’autoproclament bienveillantes et le claironnent sur tous les toits !

« Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour » écrivait Pierre Reverdy. Vous savez quoi? eh bien … c’est pareil pour la bienveillance.

La bienveillance ne se décrète pas. Elle doit se vivre et se ressentir jour après jour au sein d’une entreprise en transparaissant dans les actions individuelles quotidiennes des uns et des autres mais avant tout de sa hiérarchie. C’est, en effet, à la direction d’initier le mouvement et de montrer le bon exemple !

La bienveillance, notion galvaudée par excellence ces dernières années, a injustement souffert d’interprétations erronées et d’instrumentalisation.

Or la bienveillance, l’« authentique » est spontanée, respectueuse, pudique et sobre dans son expression.

Elle passe par des actes à la fois simples mais sincères comme s’intéresser et écouter vraiment ses collaborateurs, savoir les remercier et leur faire part de sa reconnaissance, savoir reconnaître ses propres erreurs, savoir les encourager et les motiver, savoir les challenger et les rendre autonomes….

Aussi, je fais le vœu aujourd’hui que l’authentique bienveillance soit réhabilitée et gagne du terrain car je suis intimement convaincue qu’elle est furieusement contagieuse !


[1] La notion de greatwashing a été théorisée par les maîtres de conférences en sciences de gestion Jean-Christophe Vuattoux et Tarik Chakor dans leur article intitulé Qualité de vie au travail : bienvenue dans l’ère du « greatwashing » publié dans La Tribune

[2] Critique de la raison pure, Emmanuel Kant
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NDLR : Pendant le mois d'août, nous revenons sur quelques uns des articles les plus lus de l'année
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