« Qui commande à la maison ? Il croit que c’est lui. ». Agneta Machuret[1]

Cette réponse, dont le caractère péremptoire excluant toute discussion, a fait naitre chez moi des considérations[2] sur les notions de faire autorité[3] versus pouvoir[4].

En 1991, en réponse à la question d’un journaliste : « Professeur quelle est la nature de vos travaux qui vous permettent de recevoir le prix Nobel de physique ? ». Le Professeur Pierre-Gilles de Gennes[5] répondit avec un sourire malicieux : « Les cristaux liquides et les polymères », devant la posture d’incompréhension de son interlocuteur il ajouta : « En fait c’est comme les spaghettis, vous les faites cuire un peu plus que d’habitude, vous les versez dans une passoire, vous les laissez refroidir, ils forment un bloc. Les cristaux liquides et les polymères c’est la même chose ». Cette anecdote reconstituée de mémoire illustre parfaitement la compétence à mettre en œuvre pour faire autorité. Cette forme d’éloquence provoque chez l’interlocuteur un commentaire du type : « Je pourrais devenir prix Nobel, car habituellement, les spaghettis je les fais toujours comme ça ». Faire autorité a donc pour vertu de rendre ses interlocuteurs intelligents et motivés dans l’exploitation de votre champ d’expertise.

Exercer le pouvoir est simple comme bonjour, pour l’exercer, il suffit d’être titulaire d’une fonction.

Le pouvoir, l’autorité et les soft skills, oui, mais quoi ?

« L’autorité ne se décrète pas, elle se gagne, comme les galons, sur le bitume et de face » François Beaune[6].

« Tout homme qui a le pouvoir est poussé à en abuser » Montesquieu[7].

Définitions : Autorité et pouvoir désignent des activités différentes.

Autorité présente plusieurs acceptions, une première de type « autoritaire » : pouvoir ou droit de commander, de contraindre ; une seconde de type « faire autorité » : faculté de s'attirer la considération, le respect, l'obéissance d'autrui, crédits moral et intellectuel. Faire autorité c’est être reconnu comme une référence, telle une personne dont la compétence dans un domaine est indiscutée.

Pouvoir représente la capacité légale, d’avoir le droit de faire. On exerce un pouvoir que si on le possède. Il est lié au statut, il est régi par des lois, des normes :

  • Pouvoir législatif : chargé de faire les lois.
  • Pouvoir exécutif : chargé de les appliquer.
  • Pouvoir judiciaire : chargé de réprimer les violations de la loi.
  • Pouvoir spirituel : chargé des croyances du mouvement religieux.
  • Pouvoir fonctionnel : chargé des responsabilités définies par l’organisation.

Il est possible d’exercer un pouvoir sans faire autorité.

Le pouvoir, l’autorité et les soft skills, oui, mais comment ?

« L’autorité doit aller de pair avec la responsabilité » James Oscar McKinsey[8].

Par le travail :« Le seul endroit où le succès précède le travail est dans le dictionnaire » Vidal Sassoon[9]. Les positions de l’autorité et du pouvoir étant définies, reste à conduire une démarche pour faire autorité dans le champ des compétences comportementales, des soft skills. Se mettre au travail ouvre des perspectives de succès.

Le succès passe par la case travail. Pour un manager soucieux de réussir, il lui faut maitriser et faire maitriser les compétences comportementales, les soft skills. Vidal Sassoon met à l’épreuve notre sens de l’orientation, cette aptitude qui permet de trouver son chemin, les Anglo-saxons parlent de « sens of direction ». Cette faculté de pouvoir se situer dans l’espace et le temps pour nous rendre d’un point à un autre dans le délai imparti. Ce processus met en œuvre quatre étapes : 1 définir le point de départ ; 2 choisir l’itinéraire ; 3 suivre l’itinéraire ; 4 identifier le point de destination.

Il en va de même pour faire autorité par les compétences comportementales. Les points 1 méconnaissance et 4 connaissances sont clairement identifiées. Il reste à choisir l’itinéraire et les instruments de suivi. Nous disposons de plusieurs éléments : l’exemple, l’exemplarité, le modèle, la référence, la leçon et les softs skills. Deux voies possibles j’incarne et/ou j’obtiens le comportement attendu.

Pour incarner, il est satisfaisant de donner la leçon, de fournir le modèle, de montrer l’exemple. Pour obtenir de son interlocuteur qu’il accepte la leçon, qu’il prenne pour modèle, qu’il choisisse son exemple, les ressorts et les contenus en sont identiques. L’éducation par le mentorat, soit l’on est son propre mentor, le mentor de soi-même ; soit l’on est le mentor de son interlocuteur ; soit les deux à la fois.

Par l’exemplarité :« Rien n’est plus contagieux que l’exemple » La Rochefoucauld[10]. Faire autorité est le fruit de la reconnaissance des interlocuteurs pour devenir la personne qui jouit d'une grande considération, dont on invoque l'exemple à l'appui d'une thèse. L'expression de sa posture permet à son ou ses interlocuteurs de conclure, à l'aide de signaux convenus, que l'on possède toutes les caractéristiques de celui qui détient les connaissances, le savoir-faire, l'expertise d'un domaine défini. La posture traduite par le charisme apporte la tranquille assurance due au savoir. La démonstration est ainsi faite que l'on possède en plus de l'expérience les données théoriques et conceptuelles qui permettent à l'interlocuteur de reproduire l'action sans limites.

Par le modèle :« Le premier savoir est le savoir de mon ignorance : c'est le début de l'intelligence » Socrate[11]. Recopier un modèle est une des possibilités de l’apprentissage des compétences comportementales. Cela fait appel à la démarche ancestrale dont l’objet est de copier, recopier de multiples fois ce que les anciens ont produit. Cette discipline fait acquérir les gestes conformes et conduit à la création de son style personnel. Cette pratique est éternelle dans les activités artistiques. Elle doit écarter la reproduction sans comprendre du type « phonétique ». Elle doit conduire à la compréhension des préceptes, des concepts, des méthodes pour aboutir à leur interprétation par la méthodologie, par l’action pour produire le résultat attendu.

Par la leçon : « Une bonne leçon profite à un bon esprit » George Sand[12]. La leçon prend forme à partir de son contenu. Il doit exister, être connu, compris, accepté pour être appliqué. Pour créer la leçon et développer l’intérêt de l’apprentissage en rapport avec un problème identifié chez son interlocuteur, il convient de mettre en œuvre la stratégie rhétorique suivante :

01 Situation : Faire prendre conscience de la réalité du problème. Il est d'ordre théorique ou pratique qui implique des difficultés à résoudre ou dont la solution reste incertaine pour obtenir le résultat attendu.

02 Exorde : Stimuler la curiosité pour développer le désir d’en savoir plus. La présentation de la réponse en décrivant le précepte, le concept, la méthode du raisonnement scientifique permet d’envisager la solution.

03 Pitch : présenter la solution en deux ou trois phrases fait comprendre la simplicité de mise en œuvre ; principes présentés en phase 02.

04 Péroraison : Engager à l’action, apprendre, fournir les connaissances et développer les compétences par la mise en œuvre de la démarche pédagogique en vue d’apprentissage.

Le cas du comportement non adapté :

01 Situation : Faire prendre conscience que la personne concernée présente un comportement qui ne correspond pas à ce que leur interlocuteur attend.

02 Exorde : Stimuler la curiosité pour développer le désir d’en savoir plus. « Connaissez-vous la différence entre les valeurs de responsabilités et de convictions selon Max Weber ? »

03 Pitch : Présenter la solution : « Comme la posture de ses interlocuteurs est induite par sa propre posture, il est possible de changer de posture, notamment par les valeurs de responsabilités et de convictions ».

04 Péroraison : Engager à l’action. Il faut apprendre à manager les paramètres de la posture : « Comportement, attitude, valeurs, connaissances, compétence, motivation » au regard de sa fonction.

Le cas de l’intolérance à la frustration :

01 Situation : Faire prendre conscience que la personne concernée refuse d’accepter une frustration et développe un comportement non conforme à sa fonction.

02 Exorde : Stimuler la curiosité pour développer le désir d’en savoir plus. « Connaissez-vous l’opposition du principe de plaisir et du principe de réalité selon Didier Pleux ? ».

03 Pitch : Présenter la solution par l’action sur le traitement du plaisir contrarié « Je veux tout, tout de suite ».

04 Péroraison : Engager à l’action. Il faut apprendre à prendre conscience du double plaisir, de la patience et du principe de réalité en fonction de la situation.

Par la simplicité : « Les journalistes ne doivent pas oublier qu'une phrase se compose d'un sujet, d'un verbe et d'un complément. Ceux qui voudront user d'un adjectif passeront me voir dans mon bureau. Ceux qui emploieront un adverbe seront foutus à la porte » Clémenceau[13].

Cette démarche rhétorique dont la simplicité le dispute à l’efficience force l’expression du charisme.

Conclusion

« Le principal fléau de l'humanité n'est pas l'ignorance, mais le refus de savoir » Simone de Beauvoir[14].

Le pouvoir est une illusion qui génère une obéissance de façade, l’autorité reconnue est le moyen efficient pour faire faire et obtenir.  Pour faire autorité, il est indispensable d’adopter les instruments suivants : les valeurs de responsabilités, les connaissances et les compétences au niveau le plus haut possible. Pour y parvenir, il faut apprendre dans les deux acceptions du terme : « Donner et recevoir un enseignement ».

Le charisme par la rhétorique est l’instrument le plus simple pour obtenir ce que l’on souhaite sans effort particulier. Ce résultat est atteint au prix d’une augmentation constante de son niveau de connaissance et de compétence acquis par l’ampleur de son fonds de commerce socioculturel.

L’objectif complémentaire, à maintenir en mémoire constamment, est de faire adopter le désir de faire autorité par ses interlocuteurs pour qu’ils relayent les compétences comportementales, les soft skills, à leurs propres interlocuteurs pour créer et développer la chaine des mentors.
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[1] Agneta Machuret, 19?? née Svensson, épouse de l’auteur, franco-suédoise, propos confirmés par Cécilia et Jean-Philippe leurs enfants.

[2] Observations précises tirées d'un examen attentif des données et généralement formulées pour elles-mêmes avec ou sans la visée d'un exposé systématique.

[3] L’autorité est le fruit de la reconnaissance des interlocuteurs.

[4] Le pouvoir est la capacité légale, d’avoir le droit de faire.

[5] Pierre-Gilles de Gennes, 1932-1991, physicien français, prix Nobel de physique

[6] François Beaune, 1978, homme de lettres français. Un ange noir, Verticales, 277 p

[7] Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, 1689-1755, homme de lettres français.

[8] James Oscar McKinsey, 1889-1937, homme d’affaires américain.

[9] Vidal Sassoon, 1928-2012, coiffeur britannique.

[10] François VI, deuxième duc de la Rochefoucauld, prince de Marcillac, 1613-1680, homme de lettres français.

[11] Socrate 470-399 av. J.-C. philosophe grec

[12] George Sand, 1804-1876, femme de lettres française.

[13] Georges Benjamin Clemenceau, 1841-1929 à Paris, homme d’état français, alors rédacteur en chef de l’Aurore.

[14] Simone de Beauvoir, 1908-1986, femme de lettres française.

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