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Technologies RH

Plus de discernement face à l’IA !

Encyclique Magnifique Humanité

Leçons pour les DRH de la vision du Pape Léon XIV dans l’encyclique « Magnifica Humanitas »

Il ne se passe pas une journée sans que l’on ne parle de l’IA pour les progrès fantastiques qu’elle n’arrête pas de nous promettre ou des investissements colossaux réalisés par les GAFAM et autres Licornes à coups de centaines de milliards de dollars, dépassant le PIB de nombreux pays. Au-delà de cette frénésie qui frise souvent l’idolâtrie de ces technologies magiques, des voix de personnes exceptionnelles, comme celles du Pape, s’élèvent pour nous appeler à faire preuve de plus de discernement face la croissance exponentielle de l’usage des IA dans nos entreprises. Or les DRH sont, parmi les dirigeants, celles et ceux dont l’horizon temps est sans doute le plus long les conduisant à être les mieux placé(e)s pour apporter plus de discernement dans les décisions des Comex autres Codirs auxquels ils/elles appartiennent. L’objet de cette chronique est de tirer quelques leçons pour les DRH à partir des principales idées de l’encyclique « Magnifica Humanitas »[1] publiée le 26 mai 2026 et de conclure avec quelques principes, qui font écho aux messages de l’encyclique, extraits du nouveau livre du dirigeant Indien Vineet Nayar « Humans First, Machines Second » à paraître prochainement en anglais et en français[2].

Dans la droite lignée des encycliques publiées depuis la fameuse encyclique « Rerum Novarum » de 1891 publiée par le Pape Léon XIII, l’encyclique « Magnifica Humanitas » creuse encore plus profond le sillon de la Doctrine Sociale de l’Eglise, expression inventée par le Pape Pie XII, proposant depuis plus d’un siècle une vision de l’Eglise Catholique sur des questions clés de Société sans prosélytisme. Quelques idées clés de cette encyclique peuvent aider les DRH à renforcer leur discernement et celui de leurs collègues dirigeants :

Protéger la dignité humaine : la personne n’est pas une ressource (§51) : « je considère comme particulièrement insidieuse celle qui laisse entendre que chaque personne devrait mériter ou justifier sa propre valeur, au point d’attribuer un plus grand prix à celles qui sont les plus efficaces et les plus performantes. Dans une telle perspective, la personne finit par être réduite à un moyen pour obtenir des résultats, à une ressource à utiliser ou à exploiter, et n’est plus reconnue comme une fin en soi, jamais à instrumentaliser ». Ce message proposé dans les premières pages de l’encyclique est puissant et doit interpeller les DRH jusqu’à interroger l’appellation de « Ressources Humaines » : ne faudrait-il pas, comme l’a toujours défendu Michelin, redonner à l’appellation « Personnel » une nouvelle légitimité car dans Personnel il y a « personne » ?

La technologie ne doit pas être concentrée entre les mains de quelques-uns (§67) : « Aujourd’hui, parmi les biens universellement destinés à tous, nous devons également compter les nouvelles formes de propriété : brevets, algorithmes, plateformes numériques, infrastructures technologiques, données. Dans un contexte où la richesse des nations dépend de plus en plus des connaissances et des technologies, quand ces biens restent concentrés entre les mains de quelques-uns, sans formes adéquates de partage et d’accès, il se crée un nouveau déséquilibre contredisant la destination universelle des biens et alimentant le fossé entre les inclus et les exclus ». Le message est ici plus géopolitique que destiné directement aux entreprises mais les DRH peuvent, à leur niveau, influencer les autres dirigeants pour un développement éthique de l’IA au sein de leurs entreprises en réduisant le fossé qui se creuse entre les inclus et les exclus de la révolution digitale.

La subsidiarité comme principe structurant le déploiement de l’IA (§71) : « Le niveau qui concentre les compétences, les données et le pouvoir décisionnel est constitué d’entreprises et de plateformes définissant les conditions d’accès, les règles de visibilité, les formes de relation et même les opportunités économiques. La subsidiarité exige que ces processus ne soient pas imposés d’en haut de façon opaque et unilatérale, mais qu’ils soient orientés vers le bien commun à travers la transparence, la responsabilité et des formes réelles de participation ». Une leçon forte pour les DRH : le déploiement de l’IA au sein de leurs entreprises devrait se faire avec le plus de transparence, responsabilité et participation possibles surtout dans la cadre d’un changement qui peut impacter profondément les emplois et les compétences du plus grand nombre de collaborateurs.

L’IA est artificielle certainement pas humaine (§99) : « Ces systèmes imitent certaines fonctions de l’intelligence humaine. Ce faisant, ils la surpassent souvent en termes de vitesse et d’ampleur de calcul, offrant des avantages concrets dans de nombreux domaines. Et pourtant, cette puissance reste exclusivement liée au traitement des données : les prétendues intelligences artificielles ne vivent pas d’expérience, ne possèdent pas de corps, ne connaissent ni la joie ni la douleur, ne mûrissent pas dans la relation, ne savent pas de l’intérieur ce que signifient l’amour, le travail, l’amitié, la responsabilité. Elles n’ont pas de conscience morale : elles ne jugent pas le bien et le mal, ne saisissent pas le sens ultime des situations, n’assument pas le poids des conséquences. Elles peuvent imiter des langages, des comportements, des évaluations, elles peuvent simuler de l’empathie ou de la compréhension, mais elles ne comprennent pas ce qu’elles produisent, car elles n’habitent pas l’horizon affectif, relationnel et spirituel dans lequel l’humain devient sage» Ce passage remet les pendules à l’heure quant à la vraie nature de l’IA qui n’est rien d’autre que le traitement de plus en plus sophistiqué de données de plus en plus nombreuses et variées. Cette clarification n’est pas sans rappeler le message iconoclaste d’un des meilleurs spécialistes de l’IA en France, Luc Julia, dans son livre[3] au titre provocateur « L’intelligence artificielle n’existe pas ». Les DRH peuvent aider leurs entreprises à faire preuve de discernement quant à la recherche du meilleur équilibre entre les humains et les machines dans le déploiement de l’IA.

Désarmer l’IA pour la resituer comme un bien commun ($110) : « Désarmer, c’est rompre cette équivalence entre la puissance technique et le droit de gouverner. Désarmer ne signifie pas renoncer à la technologie, mais l’empêcher de dominer l’humain. Cela signifie la soustraire aux monopoles, la rendre discutable, contestable, et donc habitable, en la restituant à la pluralité des cultures humaines et des formes de vie. La tâche, aujourd’hui, n’est pas seulement éthique ou technique : elle est écologique au sens le plus radical, car elle met en jeu une nouvelle dimension de notre Maison commune. » C’est sans doute l’un des messages de l’encyclique parmi les plus commentés, voire discutés, dans les médias et les réseaux sociaux juste après sa publication fin mai 2026. Pour les DRH, l’enjeu est ici d’être les garants au sein des Comex et Codirs de la véritable prise en compte de l’humain dans toutes les transformations liées directement ou indirectement à l’IA dans leurs entreprises.

Faire progresser la technique sans faire régresser le cœur (§126) : « C’est pourquoi l’humanité – magnifique et blessée – ne doit être ni remplacée ni dépassée : elle peut accueillir les progrès de la technique pour soulager les souffrances et ouvrir de nouvelles possibilités, à condition de ne pas renier ce qui fait d’elle ce qu’elle est, c’est-à-dire la capacité de relation et d’amour. À ce stade, une question décisive s’impose : s’il existe un authentique “plus qu’humain”, où se trouve-t-il ? ». Le Pape nous appelle ici à ne pas s’illusionner sur les promesses, plus ou moins réelles, de l’IA en tentant de préserver coûte que coûte la spécificité humaine. Concrètement, les DRH peuvent y voir un argument fort pour une priorité donnée dans les entreprises au développement de compétences spécifiquement humaines, les softs skills, face à la croissance exponentielle des usages de l’IA.

Que le travail soit centré sur la personne et pas seulement sur la performance (§150) : « En réalité, les “nouvelles façons” de travailler ne sont pas nécessairement meilleures : alors que l’IA promet de stimuler la productivité en prenant en charge des tâches ordinaires, les travailleurs sont souvent contraints de s’adapter à la vitesse et aux exigences des machines, au lieu que ces dernières soient conçues pour aider ceux qui travaillent. Ainsi, contrairement aux avantages annoncés de l’IA, les approches actuelles de la technologie peuvent paradoxalement déqualifier les travailleurs, les soumettre à une surveillance automatisée et les reléguer à des tâches rigides et répétitives ». Ce dernier passage cité ici peut résonner fortement pour les DRH qui doivent veiller à ce que le taylorisme digital, que nous avons dénoncé ailleurs[4], ne devienne la nouvelle réalité vécue par des collaborateurs de plus en plus nombreux en particulier avec la vague montante du déploiement des agents IA dans la quasi-totalité des activités de l’entreprise.

Les idées retenues ne sont qu’une partie de celles qui constituent l’ensemble d’une encyclique incroyablement riche qui devrait intéresser toutes celles et tous ceux, croyants ou non croyants, qui veulent développer leur discernement face aux grandes questions posées par le développement exponentiel de l’IA aujourd’hui et demain.

Nous terminons cette chronique avec quelques principes extraits du futur livre du dirigeant Indien Vineet Nayat « Humans First, Machines Second » connu mondialement depuis 2010 avec son best-seller « Employés d’abord, Clients ensuite[5] ». Certains de ces principes entrent en résonnance forte avec l’encyclique du Pape. Venant de ces deux personnalités remarquables, les DRH devraient s’en inspirer pour aider à développer du discernement dans les décisions prises dans les Comex ou les Codirs auxquelles ils/elles appartiennent.

9 principes pour faire passer les humains avant les machines[6]

  • Vos employés sont votre algorithme !
  • La culture détermine le code, pas l’inverse !
  • Les humains ne sont pas dans la boucle, ils sont la boucle !
  • Empathie + Intuition + Jugement : l’avantage humain !
  • L’IA est un guide, pas un dieu !
  • Ne laissez pas l’IA hypnotiser vos employés !
  • Automatisez ce qui ennuie, amplifiez ce qui brille !
  • Mettez très tôt et fréquemment en évidence les hallucinations de l’IA !
  • Laissez vos employés devenir des rebelles avec une cause !

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[1]https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/encyclicals/documents/20260515-magnifica-humanitas.html

[2] Nayar, V. : Humans first, Machines second, Penguin India, July 2026 (publié en français fin 2026 chez Diateino)

[3] Julia, L : L’intelligence artificielle n’existe pas, First, 2019

[4]https://www.fr.adp.com/rhinfo/articles/2023/04/neo-taylorisme-et-paresse-intellectuelle.aspx

[5] Nayar, V. : Employés d’abord, clients ensuite, Diateino, 2ème édition, 2018.

[6] Nayar, V. : Humans first, Machines second, op.cit.

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