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RSE et bien-être au travail

Et si l’entreprise devenait productrice de santé ?

Penser la santé autrement dans l'entreprise

Repenser le contrat social à l’aune de la longévité

Nous vivons plus longtemps. Nous travaillons plus longtemps. Nous connaissons des trajectoires professionnelles plus longues, plus mobiles, plus fragmentées. Dans le même temps, les maladies chroniques progressent, les situations d’aidance se multiplient, les arrêts de travail pèsent de plus en plus lourd sur les organisations et l’accès aux soins demeure, pour beaucoup, difficile.

Face à cette réalité, une question mérite d’être posée : et si la longévité devenait un enjeu stratégique pour l’entreprise ?

Pas seulement la longévité physique, pas seulement la capacité à rester en emploi, mais une longévité globale : physique, psychologique, sociale et professionnelle.

Autrement dit : comment permettre aux personnes de durer dans le travail sans s’y épuiser, de rester engagées sans sacrifier leur santé, et aux entreprises de rester performantes dans une société où les ressources humaines, médicales et financières ne sont plus infinies ?

Lionel Fournier défend l’idée que la santé n’est déjà plus un sujet périphérique pour l’entreprise.

La santé est au cœur de l’entreprise, même lorsque celle-ci ne la considère pas comme telle.

Elle représente déjà une part considérable des dépenses liées au travail et à la protection sociale. Elle se manifeste dans les arrêts de travail, l’absentéisme, les maladies chroniques, les difficultés de recrutement, les situations d’aidance, les parcours de maternité, les reprises après maladie ou encore les renoncements aux soins.

Mais nous continuons trop souvent à penser ces sujets séparément. D’un côté, l’entreprise et sa performance. De l’autre, la santé et le système de soins.
Entre les deux, une frontière de plus en plus artificielle. Car une personne qui ne parvient pas à obtenir un rendez-vous médical, qui reporte un dépistage, qui renonce à consulter parce qu’elle ne trouve pas de créneau compatible avec son travail, ou qui assume seule une situation familiale complexe arrive nécessairement, tôt ou tard, dans l’entreprise avec cette réalité.

La santé entre dans l’entreprise, qu’on le veuille ou non.

La question n’est donc plus de savoir si l’entreprise doit s’en occuper, mais plutôt de déterminer comment elle peut agir utilement, à son niveau, sans se substituer ni au système de soins ni à la puissance publique.

Lionel Fournier défend l’idée qu’il faut passer d’une entreprise qui protège à une entreprise qui produit de la santé.

C’est ici qu’émerge une nouvelle conception de la responsabilité de l’entreprise. Nous défendons l’idée de « l’entreprise productrice de santé ». L’expression peut surprendre. Pourtant, si l’on regarde l’histoire des progrès de santé publique, ils ne sont pas uniquement liés à la médecine. L’amélioration des logements, de l’alimentation, des conditions de travail, des infrastructures, de l’accès à certains biens et services a également contribué à l’amélioration de la santé collective. Les entreprises y ont pris leur part. Elles peuvent donc aussi, demain, prendre une part plus importante à la prévention. Non pas en devenant des établissements de santé. Mais en créant des environnements qui permettent aux personnes de préserver leur santé, d’accéder plus facilement à la prévention, de mieux vivre certaines périodes de vulnérabilité et de rester actrices de leur santé.

Cela peut passer par des choses très simples : faciliter l’accès au dépistage, permettre davantage de souplesse pour les rendez-vous médicaux, accompagner les salariés confrontés à une maladie chronique ou à l’aidance, mieux préparer les retours après une longue absence, prévenir les situations d’épuisement ou encore proposer des solutions concrètes lorsque la vie personnelle déborde sur la vie professionnelle.

Le care devient alors une infrastructure de longévité

C’est précisément là que le sujet du care prend toute sa dimension. Le care n’est pas une politique de confort ou une accumulation d’avantages périphériques. Il devient une infrastructure de prévention et de continuité des parcours de vie.

-Une salariée qui devient aidante.
-Une dirigeante qui traverse une période familiale difficile.
-Un collaborateur confronté à une maladie.
-Un parent qui reprend son activité après la naissance d’un enfant.
-Un salarié qui accompagne un proche en fin de vie.

Ces situations ne sont pas des « accidents » de parcours. Elles font partie de la vie. Et plus nous vivrons longtemps, plus nos vies professionnelles seront traversées par ces périodes.

La véritable question devient alors : comment concevoir des entreprises capables d’absorber les aléas de la vie sans que ceux-ci deviennent systématiquement des ruptures professionnelles ?

C’est ici que les mutuelles, les organismes de prévoyance et les entreprises ont probablement un nouveau rôle à inventer ensemble.

Prévenir plutôt que réparer : changer de logique

Notre modèle de protection sociale s’est historiquement construit autour d’une logique essentiellement curative : lorsqu’un problème survient, nous cherchons à le prendre en charge. Cette logique reste évidemment indispensable. Mais elle ne pourra pas tout absorber seule.

La prévention doit devenir l’affaire de tous : des individus, des professionnels de santé, des pouvoirs publics, des organismes de protection sociale, mais aussi des entreprises.

Et surtout, la prévention doit devenir simple et accessible. Car demander à quelqu’un de « prendre soin de sa santé » ne suffit pas. Encore faut-il lui permettre concrètement de le faire.

Si prendre un rendez-vous médical suppose de poser une demi-journée de congé, de traverser la ville et d’attendre plusieurs semaines, la prévention restera une intention. Si une salariée aidante doit choisir entre accompagner son parent à un rendez-vous et participer à une réunion importante, l’entreprise a un rôle à jouer dans la recherche de solutions. Si un dirigeant reporte indéfiniment son propre suivi médical parce que son agenda ne lui laisse aucune place, le problème n’est pas uniquement individuel.

L’organisation du travail fait aussi partie de la santé. Un nouveau contrat autour de la santé ?

Il ne s’agit pas d’inventer une nouvelle obligation pour les entreprises. Ni de transférer sur elles une responsabilité qui appartient à l’État. Il s’agit plutôt de repenser collectivement les rôles. L’État fixe le cadre et garantit la solidarité nationale. Le système de soins soigne. Les organismes de protection sociale protègent et peuvent contribuer à développer la prévention. Et les entreprises, parce qu’elles sont des lieux de vie, de travail et de socialisation, peuvent agir directement sur certains déterminants de santé.

Cette complémentarité pourrait constituer l’un des éléments d’un nouveau contrat social autour de la santé et de la longévité. Un contrat qui ne reposerait pas uniquement sur davantage de dépenses, mais aussi sur notre capacité collective à éviter certaines situations évitables, à intervenir plus tôt et à rendre les comportements de prévention réellement accessibles.

Faire de la longévité une performance durable

La performance de demain ne pourra pas être uniquement mesurée en chiffre d’affaires, en productivité ou en croissance des effectifs. Elle devra aussi intégrer la capacité d’une organisation à faire durer les parcours professionnels, les compétences, les engagements et les personnes. Une entreprise qui permet à ses salariés de prendre soin d’eux-mêmes, de leurs proches et de leur santé ne fait pas seulement œuvre sociale.

Elle protège aussi son capital humain. Et une société qui permet à ses entreprises de contribuer davantage à la prévention ne leur demande pas nécessairement de « faire plus ».

Elle leur demande surtout de faire autrement. C’est peut-être cela, finalement, le véritable enjeu de la longévité : ne pas chercher simplement à vivre et travailler plus longtemps, mais créer les conditions pour que cette durée supplémentaire soit une durée de vie, de travail et d’engagement soutenable.

Demain, les entreprises les plus durables seront peut-être celles qui auront compris qu’elles ne sont pas seulement consommatrices de santé : elles peuvent aussi en devenir productrices.

Et si c’était là l’un des grands chantiers du nouveau contrat social ?

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