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Performance et évolution

Le DRH, le décathlon et les soft skills !

Soft skills et décathlon

« Apprendre à découvrir ses sensations pour gérer ses activités contradictoires ». Kevin Mayer[1]

Kevin Mayer, c’est un peu comme si on avait fabriqué un surhomme en laboratoire, mais qu’on l’avait ensuite oublié dans le placard des souvenir oubliés. Un athlète total, complet, polyvalent. Bref, tout ce que la France adore… chez les autres.

Et si Pierre Desproges et Michel Audiard décrivaient la situation, ils pourraient dire : « Mais voilà : en France, on aime les champions… à condition qu’ils ne soient pas trop champions. Un champion trop brillant, ça éblouit. Et l’éblouissement, ça fatigue. Mayer, lui, continue de briller dans un silence poli, comme un diamant oublié dans un tiroir de la République. Il court, il saute, il lance, il souffre, il gagne. Et la nation, reconnaissante, lui offre… un haussement d’épaules collectif. »

J’ai toujours admiré Kevin Mayer ; il est recordman du monde du décathlon. C’est-à-dire qu’il a fait en deux jours ce que la plupart d’entre nous ne feraient pas en deux vies, même sous menace armée ou pour courir les soldes à Londres. Je l’admire surtout parce qu’il persiste à être un immense champion pour nous apprendre à gérer nos activités contradictoires.

Mes travaux de recherche m’ont conduit à ce parallèle d’activités opposées entre le décathlon et les soft skills. Leurs points communs reposent à la fois sur la lucidité stratégique, l’engagement total, la maîtrise de soi et l’agressivité contrôlée.

Le Décathlon et les soft skills oui, mais quoi ?

« Le sport va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre. » Pierre de Coubertin[2]

Il faut dire que le décathlon, c’est compliqué. Il y a dix épreuves. Kevin Mayer, lui, fait tout. Il court, il saute, il lance, il transpire, il souffre, il gagne, il a le goût du travail. Le décathlon est un enchainement d’activité contradictoire avec des logiques opposées :

La logique des épreuves « contraires »

Le décathlon est justement construit sur des épreuves qui sollicitent des qualités physiques et mentales opposées.

Vitesse vs Endurance : Les 100 m, 400 m, 110 m haies demandent explosivité, vitesse maximale, coordination nerveuse / VS / Le 1500 m qui exige endurance, gestion de l’effort, résistance à la fatigue. Le décathlonien doit être capable d’être sprinteur et coureur de fond successivement.

Force vs Légèreté : Les lancés de poids, disque, javelot nécessitent puissance musculaire, force brute, technique / VS / Les sauts en hauteur, perche, et longueur demandent légèreté, détente, souplesse, précision. Le corps du décathlonien doit être lourd et puissant pour lancer, mais léger et explosif pour sauter.

Technique vs Naturel : Le saut à la perche, le lancer du javelot sont très techniques, ils nécessitent apprentissage et précision / VS / Les courses 100 m, 1500 m sont plus « naturelles », basées sur des qualités physiques spontanées. Le décathlonien doit travailler sans relâche ses techniques et libérer ses aptitudes spontanées.

Concentration vs Relâchement : Les épreuves techniques (perche, haies) demandent une concentration extrême / VS / Les courses de fond exigent plutôt un relâchement mental pour tenir la distance. Le décathlonien alterne entre tension maximale et gestion mentale de l’endurance.

Le décathlonien est une synthèse des contraires : Physiquement, il combine vitesse et endurance, force et légèreté, souplesse et stabilité / VS / Mentalement, il impose concentration et relâchement, intensité et patience, perfectionnisme et acceptation. Cette tension entre opposés fait du décathlonien l’athlète le plus complet.

Le Décathlon et les soft skills oui, mais comment ?

« La tension des contraires est le moteur de l’harmonie. » Héraclite[3]

Les soft skills, les compétences comportementales, les habiletés sociocognitives se définissent selon les différentes sources

Définition US Army (1960/1970) : L’origine du terme “soft skills” apparait dans les travaux de l’US Army à la fin des années 1960–1970. Elles y sont définies comme des compétences professionnelles impliquant peu ou pas d’interaction avec des machines, centrées sur les personnes, l’organisation, la communication ou la supervision. https://eric.ed.gov/?id=ED158043

Publications : De nombreuses recherches académiques et travaux de consultants analysent la définition, l’impact et le développement des soft skills. https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/files/Publications/2021%20SP/2022-05-03%20-%20Soft%20skills/20220331_etude_iti_institute_les_soft_skills_liees_a_linnovation_et_a_la_transformation_des_organisations.pdf

https://theses.hal.science/tel-04122860v1

World Economic Forum Le rapport analyse l’évolution mondiale des emplois et compétences entre 2025 et 2030. Il identifie une forte demande en compétences transversales (analyse, résolution de problèmes, collaboration…). https://www.weforum.org/publications/the-future-of-jobs-report-2025/

Norme AFNOR XP X50-766 – Habiletés sociocognitives (2025) est la première norme française dédiée aux soft skills. Elle a pour objectif de créer un langage commun pour les organisations. https://norminfo.afnor.org/norme/xp-x50-766/formation-enseignement-et-competence-habiletes-sociocognitives-soft-skills-classification-terminologie-et-utilisations/202439

Cour de cassation par son arrêt n° 22-20.716 du 15 10 2025 rappelle que l’employeur peut évaluer les compétences professionnelles, mais pas la personnalité, la moralité ou des traits subjectifs non directement liés au travail. Elle censure un dispositif d’évaluation comportant des critères à connotation moralisatrice. https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000052403871

La thèse / travaux de l’auteur propose une méthode de modélisation des soft skills (méthode EDSM7C), visant à aider chacun à analyser et développer ses compétences comportementales. https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb476596637

L’analyse des capacités contradictoires sollicitées par les soft skills se réalise à l’aide de la démarche de l’auteur Education de Soi-Même en 7 Clés.

Un premier constat de L’Heptathlon relationnel (EDSM7C) se porte sur les contradictions internes à chaque clé composant les soft skills.

EDSM7C Machuret

Chaque clé est une épreuve mentale et relationnelle, comme une discipline sportive. L’ensemble forme un parcours complet où l’individu doit équilibrer des pôles contraires pour progresser. Le « champion » de cet heptathlon n’est pas celui qui excelle dans une seule clé, mais celui qui sait réguler et harmoniser toutes ces tensions.

L’opposition des capacités mobilisées et des capacités contraires provoquent une mise sous tension en plus des oppositions liées à l’activité sociocognitive des clés entre elles par exemple : 

Les 7 clés Machuret

Cela révèle que les paramètres des soft skills décrits par les clés forment un système dynamique où chacune peut entrer en tension avec une autre. L’individu doit apprendre à arbitrer ces oppositions selon le contexte : parfois la curiosité prime sur la rigueur, parfois la qualité prime sur la rapidité.

Conclusion

 « La vie est un équilibre entre tenir bon et lâcher prise. » Carl Jung[4]

Le décathlon nous apprend une chose essentielle : la performance naît de la capacité à gérer des forces opposées. Kevin Mayer incarne cette vérité. Il doit être rapide et endurant, puissant et léger, concentré et relâché, technique et instinctif. Son excellence ne vient pas d’un talent unique, mais de l’art d’équilibrer des qualités contradictoires.

C’est exactement ce que révèle le modèle EDSM7C. Les soft skills ne sont pas des compétences isolées que l’on active mécaniquement : ce sont des équilibres dynamiques, des dialectiques intérieures où chaque clé mobilise deux pôles contraires. Curiosité et rigueur, leadership et écoute, persévérance et lâcher-prise, expressivité et retenue… Chaque clé est une épreuve mentale, un terrain de tension où l’individu doit apprendre à arbitrer plutôt qu’à choisir.

Comme dans un heptathlon relationnel, les clés ne s’opposent pas seulement en interne : elles se confrontent aussi entre elles. Apprendre à apprendre encourage l’exploration, quand Qualité exige la perfection. Obtenance pousse à continuer, quand Stress impose parfois de s’arrêter. Management appelle la décision, quand Art oratoire demande la nuance.

Cette architecture crée une charge cognitive et émotionnelle réelle : on ne peut pas tout activer en même temps. La difficulté ne vient donc pas de la compétence prise isolément, mais de la régulation entre plusieurs compétences simultanées dans une situation donnée. C’est ce qui rend les soft skills si exigeantes dans la pratique.

Au fond, la véritable maîtrise ne consiste pas à « posséder » les 7 clés, mais à savoir orchestrer leurs tensions selon le contexte. C’est cette capacité d’ajustement, de modulation, de discernement qui transforme une situation compliquée en situation complexe – donc maîtrisable.

Je laisse à Aristote[5] le soin de conclure cette chronique : « La vertu se tient dans un juste milieu entre deux excès. »
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[1] Kevin Mayer, 1992- Décathlonien français, triple champion du monde décathlon 2017 et 2022, heptathlon en salle 2018, recordman du monde en titre 2018, médaillé olympique Argent Rio 2016, Argent Tokyo 2021.

[2] Pierre de Coubertin, 1863–1937, pédagogue français, fondateur des Jeux olympiques modernes.

[3] Héraclite vers 540–480 av. J.-C., philosophe grec.

[4] Carl Gustav Jung, 1875–1961, psychiatre et psychanalyste suisse.

[5] Aristote, 384–322 av. J.-C., philosophe grec.

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