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Gestion des talents

Le salaud dans les organisations

Le salaud dans les organisations

Grand stratège de la violence ordinaire ?

Après avoir dressé dans un précédent billet le portrait du lâche dans les organisations, il me fallait évoquer son complice des basses œuvres : le salaud.

Celui-là ne sévit pas uniquement dans les structures dysfonctionnelles. Peter MacArthur disait qu’il faut un rêveur, un commerçant… et un salaud pour faire tourner une affaire.

Je ne parle donc pas ici du salaud accidentel dont on peut tous porter l’habit, traversé un jour par la peur ou la fatigue, mais du salaud de carrière, celui dont la posture est devenue presque nature et l’être, stratégie.

Ce salaud n’est ni une anomalie ni un accident : c’est un réaliste de talent, parfaitement adapté à sa tâche. Il se déploie avec méthode, en violent qui s’assume là où le lâche, lui, se dérobe.

Ce salaud incarne ce que Sartre appelait « l’esprit de sérieux » dans L’Être et le Néant : cette propension qu’ont certaines personnes à laisser leur fonction sociale phagocyter leur être, à se confondre entièrement avec leur rôle. Il est l’un de ces êtres mus par une morale mathématique, pour reprendre Nietzsche. En langage winnicottien, il ne vit jamais dans le play mais toujours dans le game. C’est une machine.

Le salaud de carrière ne fait pas semblant comme le lâche, il croit en ce qu’il fait mais il n’est ni pervers, ni psychopathe : il ne fait rien par plaisir ou par la force des choses, mais par intérêt calculé. C’est pour cela qu’il est craint : il n’a aucune limite, aucune résistance intérieure.

Dans l’organisation, il est celui qui ne se sent jamais responsable de rien car il agit, dit-il pour une « raison supérieure ». Il dira ainsi qu’il « ne fait que son travail », qu’il « n’a pas le choix », qu’il « n’est pas là pour juger »… Le salaud de carrière, c’est celui qui obéit avant que l’ordre ait été formulé.

Pour lui, la règle prime sur l’être, l’ordre donné sur le mal-être, l’indicateur sur le sens, la fable sur les faits, l’obéissance sur la responsabilité. Ce qui le rend dangereux n’est pas sa méchanceté, mais son amoralité structurée : il place la fonction, la cible ou la procédure, au-dessus du jugement.

Lorsque le salaud humilie, complote, agresse, ce n’est jamais par passion : c’est pour « être efficace » car pour lui, la justesse, c’est la justice. Il transforme ainsi les dilemmes moraux en arbitrages techniques. C’est un technicien consciencieux de la saloperie.

Dans une organisation saine, en théorie, le sort du salaud de carrière ne fait pas débat : on le remercie, même s’il est « performant » sur le papier ; car le garder, c’est cautionner ses actes. Néanmoins souvent, il est tentant de le garder car il peut être perçu comme « utile » au business. Dans une organisation dysfonctionnelle, il fait florès, ou pire : il donne la mesure, en tandem avec son complice naturel, le lâche. L’organisation leur appartient. Donc fuyez, car « demain, c’est loin » pour reprendre les mots lucides du groupe IAM.

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