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Tendances et innovation

La surcharge cognitive numérique, nouvel enjeu du D&I ?

Surcharge numérique

On voit de partout, les grands inventeurs de l’IA se poser la question de préservation de l’espèce humaine face à la bulle de surcharge cognitive numérique.

Pendant longtemps, la surcharge cognitive numérique est restée un angle mort du management. Invisible, diffuse, difficile à mesurer, elle était souvent réduite à une question de stress individuel.

Et pourtant, cet enjeu de Care Tech, ne serait-il pas aujourd’hui reconnu comme un enjeu central de performance sociale et d’inclusion ?

La vraie question n’est plus : comment faire plus ? Mais comment travailler durablement sans s’épuiser.

Comme de nombreuses organisations, Forvis Mazars a connu une accélération brutale des usages numériques : télétravail massif, hybridation des modes de travail, multiplication des outils collaboratifs, explosion des visioconférences. En quelques années, les collaborateurs se sont retrouvés immergés dans un flux continu d’informations, d’alertes et de sollicitations.

« Nous avons observé une fatigue cognitive progressive. Les équipes restaient performantes, mais l’usure mentale s’installait », explique Mathilde Le Coz. Cette fatigue ne venait pas uniquement du volume de travail, mais de la fragmentation permanente de l’attention.

Face à ce constat, il devient important de rendre visible la surcharge cognitive numérique, comme déployer des bilans numériques individuels permettant à chacun d’analyser ses usages : volume d’emails, horaires d’envoi, interruptions, nombre de destinataires, perception des messages.

« C’est un miroir comportemental. Beaucoup réalisent qu’ils participent eux-mêmes, malgré eux, à la surcharge qu’ils subissent », observe la DRH. 

Ce travail permet de sortir de la culpabilisation pour entrer dans une logique de responsabilisation collective.

La prévention repose également sur la libération de la parole. Ateliers, groupes d’échange, formations, accompagnements individuels : la surcharge cognitive numérique est devenue un sujet légitime. Dire que l’on est saturé n’est plus un aveu de faiblesse. C’est un indicateur de maturité organisationnelle. 

Cette évolution favorise l’inclusion des profils les plus exposés : personnes neuroatypiques, aidants, jeunes parents, seniors, collaborateurs en situation de handicap invisible. Elle permet à chacun d’exprimer ses limites sans être stigmatisé.

Un chantier essentiel consiste à déconstruire les normes toxiques de disponibilité : être joignable à toute heure, répondre immédiatement, multiplier les canaux, accumuler les réunions. Longtemps valorisés comme des preuves d’engagement, ces comportements générent en réalité une exclusion silencieuse. En effet, la surcharge cognitive numérique est créatrice des inégalités invisibles.

Forvis Mazars a progressivement instauré de nouvelles règles : droit à la déconnexion effectif, clarification des urgences, limitation des copies, rationalisation des outils. La performance se mesure désormais à la qualité de l’attention, non à sa dispersion.

Mais la régulation ne repose pas uniquement sur les outils. Elle dépend avant tout du management. L’entreprise a donc choisi d’investir dans la formation des managers et dans le déploiement d’ambassadeurs numériques, accompagnés sur la priorisation, la gestion des flux, la clarté des attentes et le respect des temps de récupération. Un manager non formé devient malgré lui un amplificateur de surcharge.

Progressivement, les organisations doivent travailler à une véritable inclusion cognitive, fondée sur la reconnaissance des capacités attentionnelles de chacun. Adapter les environnements, créer des espaces de respiration mentale, protéger les temps de concentration devient une composante de la politique D&I.

Bibliothèques sans téléphone, demi-journées sans réunion, plages protégées, coaching en marchant, assistance de l’aidance et de la parentalité : ces dispositifs favorisent l’expression des talents dans leur diversité et permettent de performer sans s’épuiser.

Aujourd’hui, la performance sociale est indissociable de la santé cognitive. Les résultats sont mesurables : baisse des tensions, engagement renforcé, fidélisation accrue, attractivité améliorée.

Dans un contexte de pénurie de talents, préserver l’énergie mentale devient un avantage majeur et il est possible de transformer la surcharge cognitive numérique en levier de progrès collectif, à condition de mesurer les usages, ouvrir le dialogue, former les managers, ajuster les pratiques et protéger l’attention.

Dans un monde saturé d’informations, préserver la qualité cognitive devient un acte de gouvernance. Et sans doute, demain, l’un des principaux marqueurs d’une entreprise inclusive.

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