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Performance et évolution

Dire non : promotion ou sanction ?

Dire non ou pas ?

Vous vous êtes sûrement déjà demandé pourquoi vous n'arriviez pas à dire non dans tellement de situations professionnelles.

Vous êtes déjà surbooké et un collègue vous demande de l'aide ? Votre manager vous rajoute un dossier alors que vous étiez justement en train de réaliser que votre charge était trop importante ? Votre client exige de vous une nouvelle ristourne sur le prix ? Si l'on s'en tenait à la logique, il faudrait refuser. Pourquoi accepter généreusement d'aider un collègue alors que vous avez déjà du mal à vous en sortir ? Pourquoi ne pas oser dire à votre manager que vous êtes débordé ? Pourquoi systématiquement céder aux desiderata du client ?

Ne pas savoir dire non s'apparente souvent à un manque d'assertivité. L'assertivité est un comportement dans lequel on s'impose sans écraser l'autre et dans lequel on se respecte autant qu'on respecte les autres.

Pourquoi est-ce si difficile de dire non au travail ?

Plusieurs réponses expliquent -sans pour autant les justifier- votre comportement.

Avoir peur. On le sait tous, « la peur n'évite pas le danger ». Et, néanmoins, trop souvent la peur nous sclérose dans nos actions, surtout lorsqu'il est question de s'imposer.

De quoi avons-nous peur ? Tout dépend d'où vient la sollicitation. La peur d'un refus à un collègue n'est pas forcément la même que celle concernant votre manager. Un collègue vous demande de lui rendre un service. En le lui refusant, vous redoutez sa réaction. Mais au fond, que craignez-vous, vraiment ? Qu'il prenne mal votre refus ? Qu'il vous en veuille ? Qu'il ne vous trouve pas très généreux. Peut-être un peu de tout cela. Derrière la peur de dire non, il y a une peur fondamentale qui nous concerne tous : celle de déplaire, de passer pour « le méchant » et pire encore, la peur de ne pas être aimé. Alors on cède. On préfère subir, prendre sur soi. S'en rajouter plutôt que d'être potentiellement victime de ce désamour.

Qu'en est-il avec votre manager ?

La situation peut sembler encore plus délicate. Suis-je en droit de dire non à mon manager ? Après tout, sa posture hiérarchique ne lui suffit-elle pas à exiger et la mienne à obtempérer ?

Il pourrait mal le prendre. Estimer que je n'ai pas à contester sa décision. Un non adressé à mon manager pourrait sonner comme une déclaration de guerre. Pour peu que je n'aime pas les conflits -y a-t-il vraiment des personnes qui les aiment ?- je pourrais redouter d'être à l'origine du déclenchement des hostilités. Je pourrais appréhender la suite, la relation avec mon manager, ou encore mon évolution professionnelle. Et si ce non freinait ma carrière ? Et si ce non était la cause d'une sanction ?

Des freins irrationnels

Vous l'avez compris, et sans doute déjà vécu, les freins à ces « non » sont souvent irrationnels et vos croyances ancrées, injustifiées.

Rien ne m'empêche de dire à mon collègue « je suis désolé de ne pas pouvoir te rendre ce service. Je suis moi-même sous l'eau, sinon, je l'aurais fait avec plaisir ». Qu'il le prenne bien ou mal, peu importe, j'ai dit la vérité, j'ai fait preuve d'assertivité. Et toute personne normalement constituée -je ne prétends pas que tout le monde le soit- devrait comprendre et accepter. Elle devrait se mettre à ma place et même si mon refus ne l'arrange pas, être capable d'admettre qu'il en soit ainsi. Car le non que j'adresse concerne en réalité une action, pas une personne. Et c'est précisément ce qui fait toute la différence. Je ne rejette pas mon collègue, je rejette la tâche qu'il voulait me confier.

De quoi remettre en question mes propres croyances. Non, mon collègue ne me détestera pas si je lui dis non, surtout si je le fais avec assertivité, c'est à dire en m'exprimant clairement, en formulant le fait que j'aurais bien aimé lui rendre service mais que ce n'est pas possible.

Et mon manager ?

Là encore, il s'agit de marquer la différence entre un non arrogant et un non assumé. Je ne refuse pas de travailler, je ne refuse pas de m'impliquer. Mais si je dis oui -en pensant non-, non seulement je ne suis pas en accord avec moi-même, ce qui signifie que je ne me respecte pas, mais je risque aussi d'altérer la qualité de mon travail sur tous les autres dossiers en cours.

Mon manager va-t-il le comprendre ? Oui, si j'ai en face de moi un être intelligent qui préfère que j'en fasse un peu moins mais que la qualité soit au rendez-vous plutôt que l'inverse. Supportera-t-il que je m'oppose ? Si je le fais avec franchise mais néanmoins avec tact, il pourra précisément apprécier mon aplomb et mon honnêteté. Car dire la vérité, oser faire face à la situation prouvera à mon manager que je suis honnête et en étant honnête, je le respecte, quand bien même je ne vais pas dans son sens.

Dire non, profitable pour tous

Plus que jamais, il est nécessaire de questionner régulièrement nos croyances.

En osant dire non, j'économise du temps et de l'énergie, ce qui, bien sûr, est bénéfique pour ma propre personne mais également pour ma productivité dans l'entreprise.

Et si par ma capacité à dire non, je prouvais que j'ai de la personnalité, que mes comportements ne sont pas régis par la crainte, que je sais être moi-même et assume de plaire ou non tout en respectant mes valeurs, mes choix ? Les grands leaders ne font pas toujours des choix populaires au départ, mais ils démontrent souvent, sur la durée, que leurs choix étaient pertinents.

Selon vous, ceux qui progressent dans l'entreprise sont ceux qui prennent leurs responsabilités ou ceux qui exécutent au détriment de leur propre travail ou de leur propre santé ?

D'aucuns diraient que tout cela est plus facile à dire qu'à faire ! D'autres prétendraient que c'est une question de personnes ou de culture d'entreprise. Mais la culture d'entreprise, même si elle porte fortement l'empreinte de ses dirigeants, n'est-elle pas aussi le fruit des agissements quotidiens des salariés ?

Depuis quelques décennies, on commence à prôner le droit à l'erreur (certes quand elle ne fait pas perdre des millions d'euros à l'entreprise !). Ne pourrait-on pas enfin favoriser ce non qui permettrait plus de justesse, de justice et de bienveillance dans les relations interpersonnelles ?

Et si le non, au lieu d'être perçu comme un potentiel vecteur de sanction, devenait enfin un pouvoir, un pouvoir légitime, un pouvoir démocratique et la condition d'une promotion méritée ?

Pour aller plus loin...

Livre Frédéric Levy

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