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Performance et évolution

Le DRH, le nourrisson et les soft skills !

Apprentissage des soft skills

« Le nourrisson est le maître des compétences comportementales spontanées. » d’après Françoise Dolto

Il est indispensable d’arrêter de croire que les bébés débarquent sur terre comme des pages blanches. Le nourrisson, par nature, est un expert du comportement, une sorte de Talleyrand[1] au congrès de Vienne[2], un stratège miniature qui maîtrise déjà l’art d’obtenir ce qu’il veut avec l’ignorance du PowerPoint, de l’utilisation de son storytelling, des pratiques du leadership et la négociation raisonnée de Harvard… Dès la première bouffée d’oxygène, il déchaine son arsenal comportemental, simple, mais diablement efficient qui se résume en quatre activités :

Il sourit, c’est son arme de séduction massive. Le bébé sourit et l’adulte fond comme un chamallow sur les braises au bout d’un bâton.

Il pleure, c’est son signal universel, le klaxon émotionnel. Ça attendrit, ça mobilise, ça réveille toute la maisonnée surtout au milieu de la nuit.

Il se fâche, c’est l’expression de sa colère, version miniature du coup de poing sur la table. Il s’arque boute, il rougit, il proteste et bizarrement tout le monde s’exécute.

Il boude, c’est le chef‑d’œuvre de son désaccord. Le nourrisson se ferme, se détourne, se replie. C’est l’expression de l’artiste qui mérite un César et un Oscar pour la même performance.

Il est aussi illusoire qu’utopique de considérer que les personnes sont incompétentes, depuis leur naissance elles cultivent leurs soft skills, alors l’adulte est pris d’un élan d’empathie il accourt pour réparer l’injustice aussi déterminé que Robin des Bois face au shérif de Nottingham.

Le nourrisson et les soft skills oui, mais pourquoi ?

« Statuer sur l’incompétence, c’est ce qu’on invoque quand on n’a pas pris le temps d’expliquer ce qu’on voulait vraiment. » D’après un DRH lucide.

Une question se pose : « Si tout le monde possède des compétences comportementales, pourquoi tant de dysfonctionnements dans la vie professionnelle, sociale, managériale, familiale, intime ? »

La réponse est à chercher ailleurs, en dehors du mirage affiché. Le véritable enjeu des soft skills est leur ajustement. Les travaux sur les compétences comportementales, dont ceux de l’auteur, montrent que leur maîtrise dépend du traitement d’un écart fondamental entre le potentiel et la situation. C’est la différence entre le patrimoine socioculturel de l’individu, appris, vécu, intégré depuis l’enfance et le comportement attendu, exigé, dans l’exercice de la fonction sociale professionnelle familiale, intime.

L’exemple le plus simple est l’usage du Bescherelle. Il est utilisé tout au long de la scolarité de l’école primaire au lycée. Cette progression permet de comprendre et de maitriser la grammaire. L’utilisation de la conjugaison nous permet de comprendre que les erreurs comportementales sont d’ordre du dysfonctionnement et non de l’incompétence. Prenons l’exemple de la conjugaison pour obtenir d’être mis en relation avec une personne précise au téléphone :

L’habitude est d’utiliser le conditionnel : « Bonjour Je suis Monsieur Machuett et je voudrais joindre Monsieur Jean Dupont s’il vous plait ». Ce qui induit la possibilité d’un refus.

Les compétences comportementales vous indiquent qu’il est préférable d’utiliser le présent de l’indicatif : « Bonjour Jean-Jacques Machuret et je souhaite joindre Monsieur Jean Dupont s’il vous plait », ce qui induit une demande formelle avec une augmentation des chances de réussite.

Il existe une formule encore plus efficace : l’impératif : « Bonjour Jean-Dupont pour Jean-Jacques Machuret s’il vous plait ». Ce qui présente une demande formelle sous la forme d’une injonction. Les chances de réussite sont encore plus grandes.

Le conditionnel, le présent de l’indicatif et l’impératif sont présents dans le socle culturel d’une personne dite alphabétisée. Il suffit pour ajuster les comportements de réguler la situation et non de traiter l’incompétence. Il n’y a rien à apprendre il suffit de changer la conjugaison du verbe.

Constater l’absence de compétence comportementale, de soft skills est une erreur d’appréciation, un manque de discernement. La situation à gérer est la non‑congruence entre les comportements acquis et les comportements requis.

Le nourrisson et les soft skills oui, mais comment ?

« On reproche aux étudiants de ne pas savoir faire ce qu’on n’a jamais pris la peine de leur apprendre. » D’après un enseignant lucide

Nous pourrions convenir que dans cette situation les responsables pensent que le patrimoine des collaborateurs, des étudiants devrait être au niveau requis par la fonction. La réalité est tout autre, le brassage socioculturel ne permet pas l’acquisition des clés comportementales liées à la fonction, il convient de faire quelque chose.

C’est précisément là que la modélisation des soft skills et la démarche Devenir Son Propre Mentor[3] prennent tout leur sens : elles permettent d’identifier cet écart, de le rendre visible, de le comprendre, puis de le réduire en développant des comportements satisfaisants et adaptés à la fonction avec comme point d’ancrage les aptitudes du nourrisson. Le parallèle entre la modélisation des soft skills et les capacités du nourrisson permet d’orienter les adaptations nécessaires.

Les quatre postures du nourrisson sont les matrices originelles de l’Education de Soi-Même en 7 Clés, edsm7c. La démarche Devenir Son Propre Mentor permet à l’adulte de transformer ses réflexes primitifs en compétences maîtrisées. Elles permettent de développer les sept clés en s’appuyant sur ce que chacun possède déjà depuis la naissance.

Le sourire est une stratégie relationnelle complète : il crée le lien, ouvre la relation, rassure. Chez l’adulte, cette posture devient un outil puissant pour entrer en relation :

  • Clé 02 – Posture : présence, attitude, première impression ;
  • Clé 06 – Art oratoire : le sourire est une rhétorique non verbale qui prépare l’écoute de ses interlocuteurs ;
  • Clé 07 – Qualité : il réduit l’écart entre la bienveillance attendu et le vécu.

Le sourire est donc la base du développement de la posture, il installe la relation avant même que les mots n’interviennent.

Les pleurs sont une demande explicite, un signal universel. Ils montrent que le nourrisson sait obtenir ce dont il a besoin. Chez l’adulte, cette posture originelle permet de travailler l’intelligence émotionnelle :

  • Clé 03 – Obtenance : formuler une demande claire, légitime, respectueuse du territoire de l’autre ;
  • Clé 01 – Apprendre à apprendre : les pleurs fonctionnent par essais-erreurs, comme tout apprentissage ;
  • Clé 04 – Stress : ils expriment un stress aigu qui mobilise l’environnement.

Les pleurs deviennent ainsi un levier pour développer la capacité à demander, à apprendre et à gérer les tensions donc son émotion.

La colère est l’intensification du signal, elle affirme le territoire et exige un accord. Chez l’adulte, elle devient un instrument pour travailler les objectifs suivants :

  • Clé 04 – Stress : transformer la tension brute en énergie constructive ;
  • Clé 03 – Obtenance : renforcer la capacité à obtenir l’accord pour répondre à un besoin ou défendre une position ;
  • Clé 05 – Management : influencer, orienter, mobiliser dans la limite de l’agressivité.

La colère, une fois régulée, devient une ressource pour affirmer, cadrer et piloter.

La bouderie est un retrait stratégique : elle signale un désaccord sans un mot. Chez l’adulte, elle éclaire trois clés essentielles :

  • Clé 02 – Posture : le corps parle, même dans le silence ;
  • Clé 06 – Art oratoire : la communication non verbale, la communication en creux peuvent être plus forte que les discours ;
  • Clé 03 – Obtenance : obtenir par retrait ce que la demande directe n’a pas obtenu, rendre l’interlocuteur proactif de la décision.

La bouderie devient un outil pour utiliser l’impact du silence, du retrait pour augmenter la présence.

Les quatre postures du nourrisson, perçues comme des comportements infantiles sont en réalité les prémices des comportements d’adultes. Utiliser ces quatre postures pour développer les sept clés, c’est passer de l’instinct à l’intelligence comportementale. C’est reconnaître que les soft skills existent déjà et qu’elles s’ajustent, se modèlent et se transforment à partir d’un socle que nous possédons tous depuis notre éveille à la vie par notre premier cri.

Conclusion

« Le plus beau voyage, c’est celui qui vous ramène à vous-même. » D’après Homer[4] citant Mentor[5], c’est-à-dire Athéna[6] parlant à Télémaque[7] pour lui faire comprendre que la compétence la plus rare, c’est la lucidité.

Il est grand temps de sonner le glas du mythe confortable qui se réclame de l’incompétence pour justifier l’absence de respect de l’usage des soft skills.

Il est grand temps de mettre fin à cette petite musique bien connue jouée dans les organisations dès qu’un comportement déraille, dès qu’une attitude surprend, dès qu’une réaction ne correspond pas à ce que l’on attend… la chanson est entonnée, comme une ritournelle implacable à l’instar de « Tout va très bien, Madame la Marquise[8] », rassurante et libératrice : « Il manque de soft skills. ». C’est simple, c’est rapide, mais c’est faux.

Je prends l’initiative de conclure cette chronique avec ceux qui ont l’habitude de se prendre en charge. « Le plus grand pouvoir est celui que l’on se donne à soi-même. »
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[1] Charles‑Maurice de Talleyrand‑Périgord, 1754 – 1858, homme d’état français

[2] Congrès de Vienne, 1814 - 1815, après l’abdication de Napoléon du 6 avril 1814 Talleyrand transforme la France vaincue exclue des négociations en puissance incontournables,

[3] Devenir son propre mentor mieux utiliser le soft skills VA Éditions, 2025 JJ Machuret

[4] Homer entre le IXᵉ et le VIIIᵉ siècle avant J.-C. poète grec auteur de l’Odyssée

[5] Mentor ami fidèle d’Ulysse, en charge de Télémaque

[6] Athéna déesse grec, sous l’apparence de Mentor guide Télémaque.

[7] Télémaque fils d’Ulysse

[8] Tout va très bien, Madame la Marquise, 1935, Paul Misraki, par Ray Ventura et ses Collégiens https://www.youtube.com/watch?v=Yr48kBqwVdA

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