RH info, le portail des Ressources Humaines : Infos, actus, témoignages, tendances, innovations, débats, prospective...

Performance et évolution

Le DRH, la responsabilité et les soft skills !

Responsabilité et soft skills

« Vous êtes prié de laisser cet endroit aussi propre en le quittant que vous auriez aimé le trouver en y entrant. » Anonyme[1].

Cette phrase, destinée aux usagers de ce lieu intime « sanctuaire des soulagements », doit provoquer un grand étonnement de type stupéfaction auprès des Japonais, si l’on prend en considération ce que les supporters de leur équipe nationale de football[2] font après le match de leur équipe. Ils n’ont pas besoin d’une pancarte pour leur rappeler de laisser l’endroit propre en partant. Le geste est déjà inscrit dans leur quotidien : ramasser, nettoyer, ranger, comme si c’était la suite logique de toute activité collective. L’absence d’injonction, de règlement affiché est suppléée par une responsabilité individuelle assumée.

Ce sens des responsabilités est au cœur des soft skills, des compétences comportementales ; cela fait différence avec toutes autres activités. Dans notre culture, il faut le Code civil, la Déclaration des droits de l’homme, le Code du travail, et parfois même des chartes de valeurs placardées dans les couloirs, pour ne pas obtenir les comportements attendus. Autrement dit, nous multiplions les textes, les injonctions et les affichages et le résultat reste fragile. La responsabilité ne s’impose pas par décret, elle s’incarne par la volonté personnelle issue des pratiques, des règles écrites ou transmises par la puissance de la tradition.

La responsabilité et les soft skills oui, mais quoi ?

« Vous manquez de respect / Mais je vous respecte / Ce n’est pas de cela dont je parle, vous manquez de respect envers vous-même au regard de vos responsabilités, cela est d’une profonde désolation. En faisant cela vous vous méprisez, vous finirez par mépriser les autres » [3]

Par définition la responsabilité est « l’obligation faite à une personne de répondre de ses actes du fait du rôle, des charges qu'elle doit assumer et d'en supporter toutes les conséquences et la nécessité pour quelqu'un de répondre de ses intentions et de ses actes devant sa conscience. »[4]

Le sens de la responsabilité est conduit dans son fondement par le respect sous une double forme. Le respect des autres, bien sûr, en proposant un comportement conforme aux attentes, aux contraintes pour rendre la vie aussi confortable qu’agréable dans le cadre de l’exercice de sa fonction. Mais surtout respect de soi-même au regard de ses valeurs de responsabilités et de ses valeurs de convictions. Le respect de soi est la première pierre, sans lui, impossible de bâtir une confiance durable. L’absence du respect de soi-même génère le mépris et se mépriser est la voie royale au développement de ses propres turpitudes.

La confusion entre responsabilité et héroïsme est monnaie courante. Le respect des autres est la racine ; respecter les autres, c’est leur éviter de subir les conséquences de nos négligences.

Les Japonais qui nettoient leur tribune après un match l’ont compris, la responsabilité n’est pas un exploit, c’est un réflexe. Ils ne le font ni pour la gloire, ni pour avoir son image sur les réseaux socios, mais parce que le comportement collectif est la raison de bien vivre en communauté. Dans nos habitudes nous attendons qu’une nouvelle législation sous la forme successive d’une loi et d’un décret approprié dicte ce qui était, est et restera une évidence. Les indications de l’action se font par affichage public en oubliant l’essentiel la responsabilisation de l’auteur du comportement.

La responsabilité vis‑à‑vis des autres, est d’abord une affaire de conscience intime avant d’être une question de textes. Elle ne demande pas de demi-dieu ou de dieu tout entier, mais des individus capables de se dire : « Si je ne respecte pas les autres, je ne me respecte pas moi‑même ». Et c’est là que les soft skills prennent tout leur sens en plus des compétences affichées sur un CV ou rendu obligatoire par contrat, mais des comportements quotidiens qui rendent le collectif aussi fluide qu’agréable à vivre.

La responsabilité et les soft skills oui, mais comment ?

« Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité. » Victor Hugo

La responsabilisation, au cœur des soft skills, trouve un écho direct dans la théorie de Frederick Herzberg[5]. Selon lui, le véritable moteur de la motivation réside dans les facteurs qui appartiennent à l’individu au plus profond de lui-même tels que l’accomplissement, la reconnaissance et surtout la responsabilité. Cela remplace la pensée commune qui situe la motivation principale dans les conditions matérielles ou les règles externes.

Confier à chacun la responsabilité de son comportement, c’est lui permettre de se sentir acteur de son environnement, de donner du sens à ses actes et de renforcer son estime de soi. La responsabilisation devient alors un vecteur de double respect, le respect de soi, en assumant ses choix et leurs conséquences, le respect des autres, en évitant que nos négligences ne deviennent leurs fardeaux. En ce sens, elle n’est pas un super pouvoir magique, mais un réflexe, une pratique quotidienne qui enrichit les tâches et transforme le collectif en espace de confiance. Herzberg nous rappelle que la motivation durable naît de cette conscience intime des responsabilités, bien plus que de l’affichage ou de la contrainte légale.

La responsabilisation, moteur de motivation selon Herzberg, trouve une résonance directe dans l’ouvrage dans la modélisation des soft skills publié par l’auteur[6]. Chacun doit devenir l’acteur conscient de son évolution, en assumant ses choix et leurs conséquences. Cette posture rejoint la logique des soft skills

Dans les chroniques RH Info, Le DRH, la doctrine et les soft skills[7]; Le DRH, la diversité culturelle, le projet d’entreprise et les soft skills[8], Le DRH, mentor soi-même et les soft skills[9] rappelle que la responsabilité individuelle est la clé de voûte de la performance collective. Elle ne se décrète pas par la loi ou par l’affichage, mais se vit dans la cohérence entre intentions, actes et conséquences. Le référentiel EDSM7C[10] propose une déclinaison opérationnelle, la responsabilité individuelle en devient le fil conducteur :

  • Clé 01 Apprendre à apprendre, elle se traduit par l’acceptation de l’effort.
  • Clé 02 Posture, elle impose la cohérence entre valeurs et comportements.
  • Clé 03 Obtenance, elle garantit des accords clairs et respectueux.
  • Clé 04 Stress, elle maîtrise son stress pour ne pas le projeter sur autrui.
  • Clé 05 Management, elle oblige à créer les conditions de la performance.
  • Clé 06 Art oratoire, elle engage à parler pour éclairer et non pour obscurcir.
  • Clé 07 Qualité, elle impose de livrer ce qui est promis.

La convergence est claire, Herzberg montre que la motivation durable naît de la responsabilisation et le référentiel EDSM7C démontre que cette responsabilisation est la condition d’existence des sept clés de l’ajustement des compétences à l’exercice de la fonction. Sans elle, c’est l’absence d’apprentissage réel, de posture crédible, d’accord durable, de stress maîtrisé, de management efficient, de parole juste, de qualité livrée. Avec elle, c’est la présence de l’individu qui devient son propre mentor, capable de transformer ses soft skills en moteur de performance et de respect mutuel.

La responsabilité est la condition d’existence du comportement guidée par les 7 clés.

Conclusion

« Être responsable, c’est être l’auteur de ses actes. » Jean-Paul Sartre[11]

L’évolution des mentalités au cours des dernières décennies a progressivement installé une zone grise où la responsabilité individuelle tend à s’effacer derrière des logiques d’excuse, de contexte ou de dilution collective. Cette dérive, souvent involontaire, conduit à un transfert de responsabilité. Chacun se pense victime d’un système, d’un cadre, d’un manque de moyens, des circonstances au lieu d’être l’acteur responsable de ses choix et de ses comportements.

Ce changement de paradigme implique de réhabiliter une double responsabilité :

La responsabilité de l’action : chaque individu est comptable de ses actes, de ses décisions, de ses comportements.

La responsabilité des moyens : chaque individu a l’obligation de s’équiper, de progresser, de demander de l’aide, d’ajuster ses compétences pour avoir la capacité d’agir en responsabilité de sa fonction.

En réaffirmant cette articulation, on sort de la dilution de la responsabilité pour entrer dans une logique de double construction. Ce changement de paradigme est la signification d’agir en responsabilité et de se donner les moyens d’agir pour se construire sur la base des trois piliers d’une société qui valorise l’autonomie, la compétence et l’éthique.

Je laisse le soin de conclure cette chronique à Confucius[12] qui aurait dû inspirer les auteurs d’information pour l’usage des toilettes et qui a dû inspirer les japonais « Respecte-toi toi-même et les autres te respecteront. »
____________________________________________________________________

[1] Texte non signé trouvé dans les w.c.

[2]https://www.youtube.com/shorts/qy-dYBEnQFU

[3] Dialogue souvent entretenu par l’auteur, dans ses différentes fonctions de manager, consultant, formateur, enseignant, avec ses interlocuteurs dont les comportements étaient non conformes.

[4]https://www.cnrtl.fr/definition/responsabilit%C3%A9

[5] Frederick Herzberg, 1923 – 2000, psychologue américain.

[6] Devenir son propre mentor (VA Édition) JJ Machuret

[7]Le DRH, la doctrine et les soft skills ! (adp.com)

[8]https://www.fr.adp.com/rhinfo/articles/2023/10/le-drh-la-diversite-culturelle-le-projet-dentreprise-et-les-soft-skills.aspx

[9]Le DRH, mentor, soi-même et soft skills ! (adp.com )

[10] EDSM7C Education De Soi-Même en 7 Clés https://edsm7c.com/

[11] Jean-Paul Sartre, 1905 - 1980, homme de lettre français, L’Être et le Néant, Gallimard

[12] Confucius, 551–479 av. J.-C., philosophe chinois, Entretiens, Livre XII.

Outils et Ressources

Découvrez tout ce que propose ADP : articles, mises à jour législatives, publications, rapports d'analystes, formations, évènements, etc.

Voir toutes les ressources

Vous pouvez contribuer !

Vous souhaitez partager une réflexion, une expérience, une innovation RH ? N’hésitez pas à prendre la plume pour contribuer à RH info !

Contactez-nous